Chronique n°4


Fatima, la reine du concert

Après une semaine de rencontres, de dialogues, de travail et de création, des musiciens issus de différents horizons musicaux et culturels se sont produits lors d’un concert à l’Institut Français d’Agadir. Ainsi, la dernière journée de la résidence a été consacrée à sa préparation : répétition, balances, derniers arrangements…

 


Pour certains des artistes marocains, l’enjeu de ce concert était important car parmi la foule venue nombreuse samedi soir, une grande partie du public était là pour écouter les vedettes locales Fatima Tabaamrant et Mehdi Nassouli, qui pour l’occasion avaient revêtu leurs tenues traditionnelles.





Mehdi face à son public / la troupe "Du slam à l'Atlas" sur scène

Dgiz a ouvert le spectacle dans un solo accompagné de la contrebasse de Claude, avant d’être rejoint par deux jeunes étudiants. Une jeune femme et un jeune homme d’Agadir ont chacun fait une performance de slam, elle en français et lui en arabe.

Après cette ouverture suivie du discours de présentation de Frédéric Deval, les artistes sont progressivement entrés en scène pour offrir aux spectateurs le résultat de cette première phase de création du projet Du slam à l’Atlas.


L’engouement de l’auditoire était patent, surtout lors des morceaux de Fatima, véritablement acclamée, de Mehdi ou de Khalid Moukdar (jeune chanteur du groupe Haoussa qu’il a créé à Casablanca). La chanteuse et seule femme du projet, véritable reine de la soirée, s’est appropriée une bonne part de cet espace performatif et le symbole Amazigh a nettement plané sur la soirée.


À la fin du concert, certains des musiciens marocains semblaient très contents de la performance mais les musiciens européens ainsi que Khalid et Mehdi déploraient quant à eux quelques erreurs commises, notamment dans certaines mises en place. Apparemment pour certains, les moments d’échanges et de forte compréhension musicale auxquels nous avons assisté durant la semaine de travail n’ont pas été au rendez-vous ce soir là.

Néanmoins, quelques spectateurs ayant pu suivre de loin cette semaine de résidence nous ont fait part de leur étonnement d’assister à ce spectacle qui leur a paru non seulement de qualité mais aussi pleinement abouti en regard du temps de préparation. Frédéric Deval ou Guillaume Orti, en comparaison avec le précédent projet Du griot au slameur, ont en effet déjà ressenti les bénéfices de la direction artistique d’Andy Emler. Ainsi, ce « concert » pour les uns, « fenêtre sur cour » pour les autres, semble offrir de bons prémices pour la résidence d’octobre à Royaumont.

 


Cette semaine de travail à Agadir s’est révélée une expérience fascinante et complexe, et a sûrement représenté un enrichissant défi pour Andy Emler et le reste des musiciens investis dans cette aventure Du slam à l’Atlas initiée par la Fondation Royaumont. La rencontre, la découverte de « l’autre », les moments de partage, la confiance établie petit à petit, ont permis à cette « communauté imaginée » de près d’une vingtaine de personnes de se retrouver dans un espace incitant aux dialogues musicaux, malgré la contrainte du temps, la barrière des langues pour certains, les quelques incompréhensions et les écarts culturels.


Si l’enthousiasme semblait palpable à l’issue de cette première semaine de création, en attendant de se revoir « inch’Allah » à l’abbaye de Royaumont, il n’est pas dit que les artistes marocains, loin de leur public et de leur environnement, se sentent à l’aise lors d’une nouvelle résidence, en France cette fois-ci, malgré l’optimisme du côté européen.

Parmi de nombreux questionnements, il sera donc intéressant de vivre et analyser de près quels seront les ressentis des artistes au moment des retrouvailles, comment vont réagir les musiciens dans cet autre contexte, quels liens vont continuer à se nouer, quelles nouvelles affinités musicales vont surgir, quel sera le résultat de ce nouveau concert auprès d’un public européen ?   

 

texte : Violeta Solano et Elina Djebbari

photos : Gilles Abegg