L'histoire des jardins de Royaumont


© Sébastien Salomon

 

Samedi 5 juin à 15h

Conférence : L'histoire des jardins de Royaumont

 

par Sophie Jules-Gaston, conférencière spécialiste des jardins

 

Le jardin des neuf carrés de l'abbaye, créé en 2004 par les paysagistes Olivier Damée et Edith Vallet, accueille, en 2010, sa troisième collection de végétaux : elle s'articule autour du thème des plantes "magiques". Après les plantes médicinales d'Hildegarde de Bingen en 2004 et les plantes tinctoriales en 2007, ce nouveau thème évoque toujours le Moyen Age, fondement de la composition du jardin et de son concept. Sur une surface d'environ 1 000 m2, chaque collection s'adapte à la structure originelle du jardin, formée autour de neuf carrés de plessis de châtaigniers, d'une table des savoirs, d'un jardin des pieds-mères et d'un petit verger.  


Dès la fin mai, les plantes de l'amour (chicorée sauvage, jusquiame noire, violette odorante…), les plantes associées à la magie blanche (angélique des bois, benoîte commune, digitale, basilic…), les plantes associées à la magie noire (laitue vireuse, vératre blanc, mandragore…) et les plantes dites "hypocrites" (chanvre, muguet de mai…) offriront une floraison colorée et un port changeant au fil des saisons.

 

 





© Carole Paris

Ce jardin s’ajoute, à près d’un siècle de distance, au superbe jardin à la française que dessina en 1912 le célèbre paysagiste Achille Duchêne pour le cloître de l’abbaye. Le cloître de l'abbaye de Royaumont est un ensemble architectural harmonieux organisé autour de son jardin central. Ses quatre galeries délimitent ainsi un vaste espace dont on ne sait si, au Moyen Age, il est planté d’herbes médicinales ou simplement laissé nu, comme l’austérité cistercienne le commande. Seule la présence de l’eau est requise, dont le bruissement habite le silence des lieux.


Les religieuses de la Sainte-Famille de Bordeaux qui occupent l’abbaye à la fin du XIXe siècle avaient découpé cet espace en quatre parties symétriques, symbolisant les quatre fleuves du Paradis, autour d’un bassin. Elles cèdent l’abbaye à la famille Goüin en 1905, et dès 1912, celle-ci confie au paysagiste Achille Duchêne (1866-1947), le soin de dessiner un jardin pour ce superbe cloître gothique.


Il décide de conserver le principe des quatre parties et maintient le bassin octogonal. Il transforme cet espace presque carré en un charmant petit jardin à la française, dont l’écriture minimaliste se réduit à des traits de buis et à de petits ifs plantés autour du bassin et le long des galeries du cloître, dans un style librement inspiré des parterres à compartiments de la Renaissance.

Cet espace clos se trouvait, jusqu'à fin 2009, dans un état de présentation très simplifié et hétérogène avec la disparition des grands ifs dont les silhouettes rythmaient antérieurement la périphérie du cloître.

 

Les interventions de restauration se fondent donc sur un état de référence correspondant aux dispositions créées au début du XXe siècle par Achille Duchêne.

Le tracé des compartiments a été refait ainsi que ceux de leurs pièces de gazon et bordures de buis, des petits ifs replantés le long de la galerie, et des cyprès en pourtour du bassin central.




© Nathalie Guédon

Le parc résulte de la superposition de plusieurs époques fort distinctes, qui au final lui confère ce charme si romantique qui résulte de l’harmonie réussie entre les vieilles pierres, l’eau et une flore variée tant par les essences que par leur agencement :

des rivières canalisées loin en amont de l’abbaye par les moines au XIIIe siècle pour nettoyer les latrines

deux nouveaux canaux dérivés du premier pour les besoins de la filature au XIXe siècle

des allées arborées

et une grotte créées par les religieuses du noviciat qui succède à la filature à la fin du même siècle… 


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