Fondation Royaumont: Le carrelage
 

Le carrelage

une technique inchangée depuis le Moyen-Age



© Michel Chassat

Les pavements de terre cuite constituent un ornement essentiel des édifices cisterciens dès le 12e siècle, et furent longtemps fabriqués par les moines eux-mêmes, avec des argiles locales.

De fait, la technique des carreaux de terre cuite vernissés constitue une innovation médiévale largement développée par les Cisterciens. A partir du milieu du 13e siècle, leur fabrication fut confiée à des ateliers extérieurs. C’est le cas ici, où un atelier parisien, non monastique, aurait produit les carreaux bicolores des abbayes de St-Germain des Prés, Royaumont et Maubuisson. Il existe différents types de carreaux.

 

monochromes : de formes géométriques variées dont la disposition permet de reconstituer des motifs ornementaux. Apparus dans la seconde moitié du 12e siècle et au début du 13e siècle, leurs glaçures sont de couleurs jaune, brun-rouge, vert foncé ou noir.

 

gravés à la main : caractéristiques des abbayes cisterciennes de la fin du 12e siècle et du début du 13e siècle ils sont parfois de dimensions importantes (jusqu’à 270 mm de côté). Ils sont gravés à la main à l’aide d’une pointe, les glaçures sont foncées.

 

estampés en creux : ils témoignent d’une technique plus évoluée puisqu’on utilise des matrices en bois sculptées en relief, permettant l’impression de motifs en creux dans l’argile fraîche. On obtient ainsi une fabrication en série, plus rapide et plus uniforme, ainsi qu’une diminution du coût. La pression nécessaire à l’impression des motifs a entraîné une réduction de la taille des carreaux. Les glaçures sont plutôt foncées.

 

bicolores à décor incrusté : ils apparaissent au milieu du 13e siècle et sont toujours associés à des carreaux unis, formant des bordures pour séparer les carreaux décorés. Toujours à partir d’une matrice sculptée, le carreau ainsi estampé en creux (de 3 à 5 mm au maximum) est cette fois rempli d’une argile généralement blanche et assez compacte dont on retirait l’excédent au couteau. Les motifs des premiers carreaux restent géométriques, puis floraux et à la fin du 13e siècle, figurés : éléments d’architecture, animaux, personnages. La combinaison de plusieurs carreaux (4, 9 ou 16) permet de créer d’amples combinaisons souvent circulaires. Cette technique a fourni des carreaux de bonne qualité, dont les motifs restent visibles même lorsque la surface est usée.

 

bicolores à décor à engobe : procèdent du même type de fabrication, mais l’impression du motif est moins profonde (1,5 mm maximum), d’où une fabrication plus rapide mais de moindre qualité. C’est le cas des carreaux retrouvés à Royaumont et présentés dans la vitrine. Ces carreaux illustrent le style parisien des années 1240, à un moment de transition entre les carreaux de mosaïque comme à l’abbaye de Maubuisson, jusqu’alors classiques, et les carreaux bicolores caractéristiques de l’art gothique dès le milieu du 13e siècle, tels que ceux de Royaumont.