Depuis plus de dix ans, le travail que j’ai entrepris avec les Paladins sur les différents modes d’expression de la voix chantée prendra tout son sens grâce à la résidence de trois ans que nous avons entamée en 2010 à la Fondation Royaumont. Je souhaite placer cette résidence sous le signe de la rencontre entre musique et musicologie, répertoires et interprètes, et explorer des formes lyriques et spirituelles qui furent novatrices en leur temps. Ainsi, l’opéra romain du XVIIe siècle ou l’opéra-comique au XVIIIe siècle sont deux terrains peu connus où les recherches de musiciens d’alors pour enrichir constamment l’art si particulier du comédien-chanteur prennent tout leur sens aujourd’hui.
Travailler sur la vocalise haendélienne permettra d’apporter quelques réponses techniques et stylistiques aux chanteurs désireux de développer leurs aptitudes au chant virtuose, et d’explorer les liens qu’entretient ce style vocal avec la théâtralité et la mise en valeur du texte.
Evoquant les productions de ces époques où certains castrats occupaient le devant de la scène, chantaient à l’église, jouaient dans les orchestres, où les comédiens donnaient la réplique aux chanteurs, et où les chanteurs s’accompagnaient eux-mêmes, on peut s’interroger sur l’identité de l’artiste lyrique d’aujourd’hui comparé à celui de cette époque. D’où l’envie de contribuer à un certain décloisonnement, de favoriser des rencontres entre plusieurs cultures vocales au sein d’une même production, pour retrouver cet esprit si particulier d’un temps où les catégories vocales, tessitures et emplois n’étaient pas encore fixés – figés ?
A l’heure où le temps dévolu aux expériences nous manque cruellement, il nous sera enfin possible de poser un peu nos valises à Royaumont, et de transmettre un savoir-faire qui pourrait être pour les jeunes chanteurs un point de départ et non un aboutissement. L’interprétation des musiques baroques liées au monde de la scène reste aujourd’hui encore une gageure, nous ballottant sans cesse entre deux axes contradictoires : en quoi sommes-nous différents de nos ancêtres musiciens, et en quoi sommes-nous semblables ? Telle est, je crois, la recherche de l’artiste désireux d’entrer de plein pied dans les répertoires du passé, projet humaniste qui prend tout son sens à la Fondation Royaumont, lieu de rencontre entre le passé et le présent, où il est permis de rêver encore d’un avenir pour la musique.
Jérôme Correas
directeur artistique