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Ecoutons les voix, étudions le mélodrame, au double sens du mot : genre théâtral (drame populaire des années 1800-1840) et genre musical (déclamation théâtrale avec accompagnement musical, qui s’affirme dès 1770), afin d’explorer la limite imprécise entre musique et théâtre, matière des utopies esthétiques des « génies créateurs » et du « travail d’avant-garde » de Rousseau à Schoenberg, de Berlioz à Berio, jusqu’aux poètes compositeurs de la nouvelle ère numérique – mais sans jamais entériner la fusion opératique qui résoudrait la contradiction dynamique d’un genre fondamentalement impur. Attention, un troisième terme complique au XXe siècle la double ouverture de la définition : le cinéma. Si le cinéma muet européen porte les traces archéologiques de la gestuelle emphatique du théâtre du XIXe siècle, le mélodrame devient un genre cinématographique à part entière, via Hollywood (Minnelli, Sirk, Vidor, Wise…), de Charlie Chaplin à Lars von Trier. Après un siècle, selon un caractéristique effet de retour, l’influence du cinéma mélodramatique se fait sentir dans ses deux arts d’origine (notamment dans la mise en scène du spectacle vivant, de plus en plus cinéphilique).
Le mélodrame, hystérique mélange des genres, en fait « toujours trop ». Aujourd’hui, alors que la parole au théâtre semble à nouveau à la recherche du lyrisme, ou au moins d’une faconde nouvelle (Novarina, Py…), et qu’il n’est plus considéré comme « pompier » de déclamer l’alexandrin en accentuant mélodiquement sa prosodie, nous voulons interroger l'héritage du XIXe siècle, dont le paradoxal exotisme peut insuffler une force insolite à des recherches actuelles. Souvenons-nous de l'indulgence d’Antonin Artaud pour la naïve grandiloquence du mélodrame. Dans la continuité des études accomplies sur les codes de la théâtralité baroque, élucidons comment la décadence de ceux du mélodrame – voués au ridicule – détermine encore souterrainement la plastique de la mise en scène (exemples évidents : emphase du mouvement chez Chéreau, décorativisme « gothique » chez Mesguich, etc…). Au-delà de la revendication rebelle d’un certain « mauvais goût » il s’agit d’évaluer comment l’énergétique surthéâtralité du mélodrame réanime (pour le meilleur ou le pire… l’efficacité sensible des effets mélodramatiques auprès du public demeurant souvent une solution de facilité) des formes modernes et contemporaines.
En somme, contre toute occultation idéologique au nom du « bon goût », il s’agit de réévaluer l’impur et d’élaborer les éléments critiques interdisciplinaires d’une esthétique spectaculaire de l’excès.
Christophe Deshoulières,
directeur scientifique de l'université de Poitiers
Jeudi 16 février 2006
I- Entre idées reçues et repères disciplinaires
14h30 – 16h30
1. Vous avez dit « mélodrame » ? (avant propos)
Christophe Deshoulières
2. Musique et Mélodrame
Jacqueline Waeber
PAUSE
17h00 – 19h00
3. Théâtre et mélodrame
Jean-Marie Thomasseau
4. Cinéma et mélodrame
Jean-Louis Leutrat
Vendredi 17 février 2006
II- Pratique et esthétique : des sources historiques à l’interprétation contemporaine
(Ce volet du colloque est réservé aux intervenants)
10h00 – 13h00
1. De l'interprétation du mélodrame
Caroline Gautier
2. Visite de l’atelier dirigé par Caroline Gautier
14h30 – 16h30
III- « Correspondances » romantiques et cinétiques
1. Jules Janin, témoin critique du mélodrame
Chiara Bongiovanni
2. Musique et mise en scène dans le mélodrame-féerie
Roxane Martin
3. Parole, musique et geste
Jacqueline Waeber – (en écho à la publication simultanée de son nouvel essai : En musique dans le texte. Le mélodrame, de Rousseau à Schoenberg, Patrick Van Dieren éd., Paris)
PAUSE
17h00 – 19h00
4. Gestes de diva dans le cinéma muet italien
Suzanne Liandrat-Guigues
DEBAT SYNTHESE – L’invention de la « colonne sonore » de la scène à l’écran
En compagnie d’Emilio Sala (auteur de L’opera senza canto, Marsilio ed., Venezia 1995)
Samedi 18 février
IV- La moderne réévaluation lyrique du mélodrame
10h00 – 13h00
1. Les Mélodrames d’Erik Satie
David Christoffel
2. « Situations » et crise du mélodrame chez Arnold Schoenberg
Costin Miereanu
PAUSE
3. L’Impureté d’un genre propice aux avant-gardes
Olivier Lussac
DEJEUNER A PARTIR DE 13 h
14h30 – 16h30
V- Les larmes du mélo : « bouillie du cœur » et nouvelles frontières audiovisuelles
1. « Déni de mélo » : refoulement du mélodrame et stratégies scénaristiques dans le cinéma italien contemporain
Christophe Deshoulières
2. « Toute honte bue »… Résurgences du mélodrame dans le cinéma contemporain
Carole Desbarats
3. Autour de Devdas : la dimension mélodramatique du cinéma indien selon « Bollywood »
Charles Tesson
PAUSE
17h00 – 19h00
4. La « telenovela » : l’esthétique du mélodrame sur les écrans brésiliens
Claudia Braga
5. « Mélo » et séries télévisées internationales contemporaines
Martin Winckler
6. Mélodrame et art radiophonique
Olivier Lussac
DINER (à partir de 20h) suivi d’une performance artistique co-produite par le GRM :
David Christoffel – titre à préciser
Dimanche 19 février
VI- L’excès mélodramatique entre conformisme social et recyclage des formes
10h00 – 13h00
1. Le mélodrame soviétique
Julia Przybos
2. Mélodrame et parodie
Jean-Marie Thomasseau
PAUSE
DEBAT FINAL DE SYNTHESE – selon les propositions de tous les participants
DEJEUNER
A partir de 16h
Présentations publiques des travaux du stage du Centre de la voix de Royaumont, dirigé par Caroline Gautier – "Fenêtre sur cour(s)"
Fondation Royaumont :
![]() | Francis Maréchal, directeur |
![]() | Vincent Guiot, responsable du centre de la voix |
Colloque :
![]() | Direction scientifique : Christophe Deshoulières, université de Poitiers |
![]() | Coordination générale : Sylvie Raissiguier, docteur en linguistique, Aix-en-Provence |
CNRS (laboratoire IDEAC) :
![]() | Directeur de laboratoire : Costin Miereanu, université de Paris I |
![]() | Co-directeur : Olivier Lussac, université de Nancy |
![]() | son et vidéo : Dominique Lambert, prof. Institut Lumière, Paris |
Liste alphabétique des autres participants :
![]() | Chiara Bongiovanni, université de Turin, Italie |
![]() | Claudia Braga, université de Sao Joao del Rei, Brésil |
![]() | David Christoffel, écrivain, docteur en musicologie à l'EHESS, Paris |
![]() | Carole Desbarats, directrice d'études de la FEMIS, Paris |
![]() | Caroline Gautier, artiste spécialiste du mélodrame musical |
![]() | Jean-Louis Leutrat, université Paris III |
![]() | Suzanne Liandrat-Guigues, université de Lille |
![]() | Roxane Martin, université de Nice |
![]() | Julia Przybos, City University of New York, USA |
![]() | Emilio Sala, université de Milan, Italie |
![]() | Charles Tesson, université de Paris III |
![]() | Jean-Marie Thomasseau, université Paris VIII |
![]() | Jacqueline Waeber, Trinity College, Dublin, Irlande |
![]() | Martin Winckler, écrivain, spécialiste des séries télévisées |