Envoyer à un ami
Imprimer
 

Expériences et projets

/Accueil/les manifestations publiques : Expériences et projets

En 2001, la Fondation Royaumont a organisé un colloque intitulé « enseigner la musique du Moyen Age, aujourd’hui ». Vaste débat, ouvrant de très nombreuses pistes de travail et de réflexion. L’une d’entre elles conduisit à s’interroger sur la pratique et la connaissance que des enfants avaient de la musique de ces siècles là, en milieu scolaire ou dans les écoles de musique et les conservatoires.

 

Naissance du projet

Son déroulement

Les clefs de l'expérience

Les éléments d'apprentissage

Les premiers résultats


Naissance du projet

Au cours de ce colloque, le constat s’est révélé bien maigre, avec quelques expériences ici ou là d’enseignement de la musique médiévale, et quelques ouvertures en matière de culture musicale sur l’histoire de la musique au Moyen Age.

Ce fut l'occasion de rappeler que l’accès à ces répertoires et à leur pratique même, est souvent plus aisé pour les enfants que l'apprentissage de la musique  par le solfège par exemple.

Entre l’aisance d’accès d’un côté et  la complexité de ces répertoires de l’autre, il y a une voie médiane : au Moyen Age l’enseignement des artes (mathématiques, rhétorique) passe par celui de la musique. Entre tous les arts, la musique à cette époque est conçue comme le lien entre tous les autres et le révélateur de leur maîtrise.

Pourquoi ne pas tenter l'expérience aujourd'hui ? La musique devient le point par lequel passent les apprentissages de la langue parlée et écrite, des mathématiques, des sciences, de l’histoire …

Pourquoi ne pas mener ce projet, immergé dans la pratique scolaire, en travaillant étroitement avec les enseignants. C’est dans cette démarche que se sont engagés Jérôme Crunelle, viéliste, et avec lui dans un premier temps Marie de Bridiers, chanteuse, puis Guillaume Edé, chanteur et comédien.

 

Haut de page


Son déroulement

Grâce à un partenariat de qualité inscrit dans la durée avec les services de l’Education Nationale (département du Val d’Oise), une enseignante a accepté de participer à l’expérience. C'est ainsi que Marie José Regat, enseignante en classe de CM2 de l’Ecole Jean Moulin de Villiers le Bel a ouvert sa classe, deux années consécutives.

Le choix de l'établissement. Il s’est porté sur un établissement en ZEP, dans une ville où la population présente une grande mixité. Les enfants avaient donc des cadres culturels, des origines, des pratiques très diversifiées, peu d’entre eux pouvant se raccorder directement à une histoire

« européenne occidentale ».

L’âge. Il s'agissait d'enfants de CM2 entre 10 et 11 ans, la proposition qui allait leur être faite devait les mobiliser, sans pour autant les détourner du travail scolaire ou les désintéresser de l'apprentissage général.

 

2002-2003 : première année. Le projet s’est engagé de manière relativement confidentielle. Il s’agissait de « tester » en douceur les potentialités que nous avions tout d’abord affirmées, au moins d’un point de vue artistique. Les résultats pour les artistes, pour l’enseignante et pour les enfants s’étant révélés positifs, nous avons convenu de renouveler l’expérience, en améliorant la proposition et en renforçant le cadre de l’exercice.

2003-2004 : seconde année. Elle a été une année d’analyse des modes de travail, des propositions, des effets, des résultats, pour tous : artistes, enseignante, élèves, mais aussi, parce qu’elles ont accepté de s’investir fortement sur le projet, pour les conseillères en musique et arts plastiques, et plus généralement pour les services de l’inspection.

Haut de page


Les clefs de l'expérience

La présence de 2 artistes, chacun au moins une journée par semaine, de novembre à juin dans la classe avec l’enseignante ; soit un programme de 7 mois avec une présence d’au moins 21 jours pour chaque artiste.

L’élaboration d’un projet qui, s’il suit des axes déterminés, s’affine et se construit avec les enfants et l’enseignante en suivant leur parcours.

La tenue d’un objectif. Si la petite représentation finale qui s’est tenue en juin met un terme à ce long travail, c'est ce dernier, son évolution, le plaisir et le savoir qui y ont été trouvés qui doit être le plus important pour les enfants.

Le respect de la place de chacun au sein de ses fonctions et de ses activités, artistes, enseignante, conseillères, à partir d'une réflexion commune.

L’adhésion des parents à la réalisation de ce projet, au travers de la mise en place de moyens qui les relient régulièrement au travail de leur enfant et qui leur permettent de suivre l’évolution du projet.

Le choix de la musique du Moyen Age offre un ensemble d’outils, de pratiques, de propositions artistiques qui peuvent s’intégrer à un dispositif « classique » d’enseignement.

Cependant ces principes de travail peuvent être repris pour tout autre domaine artistique tel que d'autres répertoires musicaux, le théâtre ou les arts plastiques.

 

Haut de page


Les éléments d'apprentissage

Pour permettre la pratique de l’écriture, des mathématiques (intervalles, reports géométriques), de la musique, des arts plastiques, de l’histoire et des sciences (le corps humain et le chant), les artistes et l’enseignante se sont appuyés sur plusieurs éléments :

La place du texte est un élément fondamental pour l’interprétation de cette musique. En effet, dans la chanson de geste, la poésie guide la proposition musicale. L’enfant pratique ainsi la langue -entre français ancien et contemporain- et la rythmique par la scansion. Il exerce sa  créativité au travers de l'invention de textes ou de séquences rimées, Il doit, tout en conservant certains codes (ex : octosyllabe) arriver à s'exprimer.

 

L'enseignement de la notation, lue ou écrite,  passe par la réalisation pratique, avec notamment la fabrication d’un monocorde. Cet instrument est un outil d’apprentissage pour le placement de la voix et des notes chantées. L'artiste montre l’évolution du monocorde vers un véritable instrument de musique, c'est-à-dire la vièle à une corde avec tablature. 

Le monocorde présente la particularité de passer, au fur et à mesure de sa fabrication, d'une ébauche en 2 dimensions à un volume en trois dimensions. Au travers de cet instrument très simple on peut initier à la notion d’intervalle et donc à l'utilisation de la fraction pour effectuer le report des notes, on apprend aussi à écouter pour pouvoir s’accorder.

 

A la composition du texte correspondait l’apprentissage des premières formes de la composition musicale à partir d’une méthode existant au Moyen Age, celle dite d’Afflighem. Cette méthode, lorsqu’elle était appliquée à un texte versifié, introduisait à la notion de note, à l’identification d’une tonalité et d’une lettre, au rudiment d’un rythme. Il faut au départ choisir une note fondamentale à partir de laquelle les autres se déclinent et lors du report sur une partition il faut suivre aussi les codes de l’écriture. Chaque enfant pouvant faire le choix de la première note et donc donner sa propre tonalité.

 

L’apprentissage de la musique médiévale passe par la transmission orale (pour l’essentiel), c'est aussi la transmission d’une expérience vécue. Dans les informations qu'il reçoit l'enfant peut indentifier la partie qui obéit à des codes et celle qui est du registre du vécu afin d'intégrer son propre vécu dans ses propositions.

 

Haut de page


Les premiers résultats

Le premier constat est celui de la qualité des propositions faites par tous les enfants et de la qualité des relations entretenues entre les artistes et les enseignants. Afin de mesurer tous les résultats, nous avons mis en place des systèmes d’évaluation, pour les enfants, l’enseignante et les artistes. L’ensemble de ces résultats est encore en cours d’analyse et sera proposé prochainement.

Quelques remarques peuvent cependant déjà être formulées :

Le vieux français est une langue qui nous est devenue "étrangère" mais c’est une langue dont les sonorités ou les inflexions rappellent la nôtre, les enfants s'approprient aisément cette langue ancienne. Les similitudes ou les différences dans l’écriture d’un mot, sa signification, sa prononciation, aiguisent l'attention des enfants, au sens, à la forme, à l’orthographe…

L’emprunt de chemins multiples pour apprendre la même chose permet de pointer la différence entre le moyen c'est-à-dire la méthode et l’objet final. Dans certains cas il existe plusieurs manières d'accéder à un savoir et dans d'autres il n'y a qu'un chemin.

La participation des enfants au projet dès sa conception et sous toutes ses formes, grâce la fabrication des instruments, l’écriture des textes…, leur donne la conscience du travail que représente la mise en place et la poursuite d'un projet étape par étape.

La notion « d’art » n'ayant pas été disjointe des aspects pratiques d’apprentissages ou de réalisations techniques, ils ont pu faire la part des éléments relevant de la contrainte et réaliser de quelle manière le recours à l'inventivité et à la création pouvait apporter des solutions.

Le souci de qualité dans la réalisation a été primordial et les enfants l’ont vite intégré à titre individuel et collectif : soin dans la présentation du cahier de Royaumont, dans la réalisation des décors des monocordes, dans l’écriture des textes, dans les exercices de chant…

 

Haut de page


En savoir plus

Des outils pour prolonger l'expérience


 

Recherche