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Grand Atelier vidéastes compositeurs 2006

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> Présention du Grand Atelier 2006

> Le Fresnoy, studio national des arts contemporains

> Fragment N°11

> Something moves mes

> Blade Affection


Présention du Grand Atelier 2006

Les jeunes compositeurs sont aujourd'hui à la recherche d'une issue aux impasses de la musique contemporaine qui s'est trop longtemps isolée des autres arts. Depuis cinq ans, Royaumont propose aux anciens étudiants de la Session de composition Voix nouvelles d'élaborer des projets pluridisciplinaires avec des chorégraphes, des metteurs en scène, des vidéastes dans le cadre d'un "Grand atelier". Cette année, grâce à un partenariat avec le Fresnoy, Studio national des arts contemporains, trois vidéastes ont conçu des spectacles vidéo-musicaux avec trois compositeurs. Ces oeuvres, imaginées et réalisées en résidence à Royaumont et au Fresnoy depuis août 2005, montrent une grande diversité d'approche. Le

caractère presque documentaire de la vidéaste anglaise Zoé Inch, travaillant sur le thème de l'identité et du déracinement. La démarche à la limite du cinéma et du théâtre d'Émilie Aussel, proposant le récit brisé d'une histoire d'amitié dont la bande son et la musique sont créées en direct par trois sopranos et l'électronique de Claire-Mélanie Sinnhuber. C'est enfin la dimension technologique de l'art multimédia qu'explore Julien Tarride : un dispositif informatique de clonage en temps réel multiplie le corps de la chanteuse et la musique de Pär Frid.

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Le Fresnoy, studio national des arts contemporains


Ouvert en octobre 1997, Le Fresnoy est un établissement de formation artistique audiovisuelle de haut niveau, cofinancé par le Ministère de la Culture et la

Région Nord / Pas-de-Calais, avec la participation de la Ville de Tourcoing. Sa conception et sa direction artistique et pédagogique ont été confiées à Alain

Fleischer.Le mot studio indique un lieu d'études mais aussi un lieu de production : l'objectif du Studio national est de

permettre à de jeunes créateurs de réaliser des oeuvres avec des moyens techniques professionnels, sous la direction d'artistes reconnus, et dans un large

décloisonnement des différents moyens d'expression. La production d'oeuvres de niveau professionnel est prolongée par une politique de diffusion ambitieuse :

expositions et événements variés se succèdent et explorent les enjeux de la création contemporaine, en particulier Panorama, qui présente en juin de chaque

année, l'ensemble des oeuvres produites au Fresnoy. Le champ de travail, théorique et pratique, est celui de tous les langages audiovisuels sur les supports traditionnels,

argentiques et électroniques (photographie,cinéma et vidéo) comme sur ceux de la création numérique et hyper médias.

www.lefresnoy.net

 

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Fragment N°11


© Julien Tarride

Julien Tarride (France 1979), multimédia

Pär Frid (Suède, 1977), musique

Anne Rodier, soprano

Ali Momeni, informatique musicale

 

Le Fragment n°11 fait partie d'un projet constitué d'une série de pièces réalisées dans le but d'écrire un opéra complet intitulé : Je chante le Corps électrique. Actuellement, 11 fragments ont été réalisés, dont le

dernier Fragment n°11 a été présenté en juin 2006 sous la forme d'une performance et d'une installation au Studio national du Fresnoy, à Tourcoing, et fait l'objet en août 2006 d'une nouvelle création à l'abbaye de Royaumont.

L'écriture d'un opéra étant complexe, sa réalisation a été pensée et divisée dans le temps en fragments numérotés. Le projet consiste à fabriquer des pièces autonomes avec une écriture ouverte permettant dans une certaine mesure de les agencer les unes avec les autres pour construire l'opéra final. De ce fait, cette méthode de travail permet de présenter au public le processus de recherche, de questionner l'écriture d'un opéra en train de se faire.

L'opéra est observé d'un point de vue général : la forme musicale bien sûr, mais aussi le bâtiment, les coulisses, le personnel, l'orchestre, les danseurs, etc. De ce fait, chaque fragment fait l'objet d'une présentation spécifique en fonction du sujet qu'il traite : ballet, scénographie, rapport image/son, usage des nouvelles technologies de captations et de diffusions, utilisation de la vidéo sur scène, mais aussi utilisation de la vidéo et de l'informatique comme support d'écriture pour la mise en scène, le texte ou la partition, etc. Les fragments ne sont d'ailleurs pas toujours présentés sur scène mais existent à travers l'étude de leur propre protocole de diffusion (c'est le cas de plusieurs fragments réalisés sous la forme de films autonomes ou

d'installations exposées en centre d'art).

Le Fragment n°11 consiste à fabriquer et jouer d'un nouvel instrument. Il s'agit d'un "dispositif instrumental de chorale électronique de clones" qui introduit la problématique de la vocalité à travers les nouvelles technologies. De ce fait, le Fragment n°11 questionne la place des solistes et du choeur de l'opéra, à la fois sur le plan sonore et scénographique. La chorale électronique propose une solution technologique musicale pour la chorale et également textuelle pour le récitant de l'opéra. L'enjeu étant d'obtenir à travers l'instrument un potentiel d'écriture polyphonique et polysémique à partir d'une source unique. En pratique, un chanteur est multiplié à l'aide d'un programme informatique, en vidéo et en son, autant de fois qu'il faut pour qu'il puisse chanter seul en choeur. La volonté d'un cumul de l'identique se manifeste dans toutes les sphères de notre existence. La fascination du clonage, du double, répond au souci d'exercer un contrôle sur la nature, une gestion du réel que notre civilisation occidentale a amorcée depuis des siècles (M.O. Wahler).

"Prenez n'importe quel objet, répétez-le à l'infini et il deviendra beau" disait Andy Warhol.

Ceci s'applique depuis toujours à la musique, la polyphonie étant précisément la problématique d'un cumul de matière et le rythme une répétition infinie. Je chante le Corps électrique Ce titre d'opéra n'oublie pas de chanter, mais il semble qu'il faille brancher l'électricité. La chorale électronique du Fragment n°11 se trouve dans la succession logique de l'évolution du phénomène électrique associée à la lutherie. Un peu après l'amplification de la guitare électrique et la numérisation du piano acoustique, il y aurait le clonage : amplification non plus d'un instrument mais de l'interprète lui-même ? La chorale électronique du Fragment n°11 amplifie l'interprète par duplication.Nous en connaissons déjà une limite à travers le phénomène électrique du Larsen : duplication d'énergie en boucle sur elle-même, puissance modifiée par la puissance qui, si elle ne subit aucune forme de limitation, finit par détruire le système qui la génère.

Julien Tarride



© Julien Tarride

Ce Fragment n°11 est inspiré par l'idée de l'amplification d'un clone. Avec l'aide d'un logiciel interactif audio et vidéo en temps réel spécialement conçu pour ce spectacle, la présence visuelle et sonore de la soprano est augmentée par 9 clones d'elle-même. Ces clones sont projetés sur des écrans de part et d'autre de la chanteuse et sont diffusés sur des hauts-parleurs correspondant à chaque clone dispersé sur scène. La partition est constituée de 9 segments. Chaque segment explore une facette des mouvements du personnage principal, statique ou animé, seul, avec ou contre les clones. À mesure que le temps de cette exploration défile, la certitude de qui est un clone et qui ne l'est pas commence à être remise en cause. En parallèle, la linéarité du temps s'effrite, le passé et le présent ne sont plus distinguables. La chanteuse se situe quelque part entre la reproduction de masse et l'individu unique, entre l'activité et la stagnation, la monodie et la polyphonie, le silence et le bruit. Et la question reste : qui est-elle ?

 

Pär Frid

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Something moves mes

Zoé Inch, (Angleterre, 1970), vidéo

Eivind Buene, (Norvège, 1973), musique

Ensemble Cairn

pour la vidéo :

truquage : Raphaël Siboni

acteurs : Wingtat Shek, Ludovic Gubier

 

Mon travail a souvent touché à des questions d'hybridation,tant sur le plan formel : documentaire/fiction,

animation/live action, que dans son contenu : adulte/enfant, animal/humain, masculin/féminin. Ces états sont alimentés par une expérience personnelle ayant pour référence une double culture et des repères

variables. Something moves me persiste dans cette direction en combinant des images "documentaires" d'un environnement proche et familier avec des éléments

fantastiques qui évoquent l'évasion et des notions de déplacement. La recherche engagée pour

ce projet m'a incitée à revisiter la communauté chinoise de mon arrondissement parisien de résidence, et

m'a permis d'y pénétrer tout en étant confrontée à ma propre position d'étrangère. Le son et l'image jouent d'un rapport déviant à la

synchronisation, alternant des impressions d'enracinement et des états de lévitation. La collaboration avec le

compositeur Eivind Buene a amené un autre niveau de langage pour explorer cette confrontation psychotopographique.

Ainsi, la forme finale esquisse un espace modifié par la musique, par les acteurs et par les effets spéciaux dans

lequel le spectateur est encouragé à questionner son attachement sentimental à un lieu et sa propre notion

d'appartenance.

Zoé Inch

 

La composition de Something moves me s'est faite en plusieurs couches et avec différentes méthodes : une partition pour flûte, clarinette, violon et violoncelle conjuguée avec une improvisation sur ces mêmes instruments et l'enregistrement de l'atmosphère du salon de thé Whenzou à Belleville (Paris) où la plupart des images ont été filmées. Nous avons choisi un chemin intéressant, celui de collaborer avec les musiciens pour développer des improvisations qui marqueraient l'atmosphère du salon de thé avec leur propre empreinte sonore en plus des sons des voix et des ustensiles utilisés tous les jours sur place. La partition a fait l'objet d'une approche purement musicale, c'est une suite de mouvements courts qui se placent entre l'hétérophonie, l'harmonie et différentes couleurs de texture instrumentale. Le but a été de chercher une manière de juxtaposer les paysages sonores afin de changer la perception des images sur l'écran. Les différents degrés d'abstraction de la partition instrumentale aux sons concrets enregistrés et leurs interactions jouent un rôle important afin d'amener le spectateur à explorer l'espace créé entre le familier et l'inconnu.

 

Eivind Buene

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Blade Affection


© Emilie Aussel

Emilie Aussel, (France, 1980), vidéo

Claire-Mélannie Sinnhuber (France-Suisse, 1973), musique

Shigeko Hata, Kelly Hodson, Marie-Bénédicte Souquet, sopranos

pour la vidéo :

acteurs : Chloé Roy, Rachid Sayet, Halory Goerger

programmation vidéo : Nicolas Boillot

montage vidéo : Victoria Follonier, Emilie Aussel

 

Blade Affection, performance interactive pour multiécrans, voix et électronique, est basée sur une nouvelle portant sur les retrouvailles de trois amis et leur égarement. Hilla, Hoover et Hercule ne se sont pas vus

depuis deux ans, ils évoquent la raison de leur séparation. Comment représenter une relation qui ne se dévoila jamais pleinement ? Cet espace-récit est traversé par l'idée de présence à distance, de distance des relations et sonde un rapport au paysage (réel, scénographique, mental). La dramaturgie est ainsi modulée en live, les relations entre la vidéo, le texte, les voix et le son-musique sont pensées en terme de cohérence d'espace et de présence à distance.

Quels sont les espaces et les différences mises en jeu entre les corps intrusifs des chanteuses et les corps des personnages de fiction ? Comment agrandir l'espace de l'action et pouvoir la perdre ou la maintenirà distance ?

Émilie Aussel

 


Le son du film est la matière première de la musique de Blade Affection : le vent, les rollers, les cornes de brume, le silence entre les personnages. Le bruit blanc (souffle bruité, antithèse de la note), son omniprésent dans ma musique, s'est naturellement imposé dans un film balayé continuellement par le vent.

Les chanteuses, live-sonore, face au film différé-visible, tentent de tisser une relation organique, notamment grâce à l'électronique : voix qui contrôlent les sons ou les images, voix-vent, voix-rollers, voix diffractant la voix des acteurs et aussi voix-voix. Cette dernière vit sa propre dramaturgie dans la durée de la performance en naissant dans un souffle pour devenir chant, au moment où l'image elle-même se dissout. Lorsque Emilie parle de "présence à distance" en parlant de Blade Affection, je reprends volontiers l'expression pour caractériser mon travail en général et celui-ci en particulier, dont le langage prend sa source dans le presque rien, "quasi niente".

 

Claire-Mélanie Sinnhuber


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©Julien Tarride

 

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