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Musiques orales et migrations musicales (juin 2000)

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Introduction
Penser la migration des musiques orales
Programme
Intervenants
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Introduction

En 2000, Royaumont a souhaiter poser la problématique de fond de la migration des musiques orales.

On trouvera ici le programme de cette rencontre, et les interventions écrites, ou transcrites dans le cas de communications orales - sauf dans le cas où certains intervenants n’ont pas souhaité autoriser leur mise en ligne.

Quatre années après, les interrogations de ce colloque restent plus que jamais d’actualité, dans un monde dans lequel la mondialisation touche les musiques de plein fouet, et où le facteur déterminant de leur trajectoire, comme le montre bien Jean Molino, est la vitesse de la migration.

Que faire devant la modification, voire la disparition des langages musicaux de tradition orale naguère circonscrits à un territoire musical supposément bien identifié ?

Quelle légitimité esthétique à la rencontre et au croisement entre langages musicaux que la « géoculture » tenait distants il y encore vingt ans ? Comment tirer parti de ces « rencontres improbables (Jean-Louis Déotte) sans tomber dans les pièges du mélange, du collage, et de la world music ?

Les pistes de réflexion ouvertes par cette rencontre en 2000 continuent d’inspirer notre action dans ces domaines.

 

Frédéric Deval

Directeur du Département des Musiques Orales et Improvisées de la Fondation Royaumont

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Penser la migration des musiques orales

Les vingt dernières années du XXe siècle ont radicalement changé la perception que l'on a des musiques orales en Europe, et symétriquement l'image que les musiciens provenant de l'oralité ont de leur propre culture et d'eux-mêmes. Le fait majeur, duquel tout découle, est la migration de ces cultures hors de leur territoire d'origine. Cette migration se fait à travers le monde entier, et plus seulement chez les voisins immédiats ou à l'intérieur d'un même bassin géoculturel ("l'Europe", "le monde arabe",

"l'Asie centrale"…). Beaucoup de traditions musicales orales, souvent celles qui sont l'expression de sociétés rurales closes, ont disparu dans les dernières décennies, ou sont à l'état de vestiges.

Certaines musiques sont l'émanation de sociétés dont la vitalité reste suffisamment forte pour qu'elles puissent se perpétuer en vase clos ou quasi-clos pour une même communauté, dans des formes qui ont assez peu varié dans les temps récents. La migration vers l'extérieur reste faible. Les passerelles vers d'autres identités culturelles n'existent pas ou peu, et le besoin de telles passerelles n'est exprimé par personne, ni du dedans de ces cultures, ni du dehors.

L'autre cas de figure, c'est celui où la tradition orale se perpétue dans ses formes héritées, mais où en même temps, elle s'ouvre, par désir propre ou sous la sollicitation extérieure. Parfois, le point de bascule est atteint, et elle migre, en partie ou en totalité, plus ou moins vite.

Dans les années 1960/80, l'ethnomusicologie avait affaire pour l'essentiel au premier cas de figure. L'objectif était de décrire des cultures musicales orales qui étaient lointaines par la distance ou par le système de pensée, et cantonnées dans leur territoire. La diffusion en Occident avait le même objectif -décrire tout en rapprochant, car elle reflétait ces analyses.

Depuis les années 1980, la circulation des formes culturelles s'est accélérée. Le désir de rencontre est devenu, le tourisme et l'avion aidant, un fait partagé dans les pays industrialisés par de nombreuses couches de la population, et plus seulement par quelques dizaines de chercheurs ou d'artistes éclairés. Le village planétaire relié par internet accélère encore la tendance depuis le milieu des années 1990 .

D'abord apanage des Occidentaux (ainsi les Expositions universelles de 1889 et 1900), ce désir de rencontre et de sortie de sa propre identité culturelle a commencé à poindre au sein même des cultures orales. En 2000, plus nombreux sont les musiciens de l'oralité qui ont eu l'envie, pris le risque, d'expériences musicales extérieures à leur culture.

Les communautés ont migré, se recomposant parfois en communautés de choix . Du coup, la fonction sociale et esthétique des musiques migre aussi, et simultanément leurs critères de valeur. Car les musiques orales sont désormais soumises à ce que le philosophe Jean-Louis Déotte appelle avec Jacques Rancière " le régime esthétique de l'œuvre d'art ". Les exemples du Jazz, du Flamenco, du Raï, sont des exemples probants de musiques orales issues de formes antérieures, qui ont engendré au XXe siècle des formes nouvelles en perpétuelle métamorphose depuis l'intérieur, et qui sont devenues réceptives à l'appréciation esthétique de publics internationaux.

Dans la tradition des rencontres de Royaumont, nous proposons d'approcher ces désirs de rencontre dans leur complexité.

Aller à la rencontre des musiques orales, dans leur territoire même : c'est le nécessaire point de départ. Mais puisque elles migrent en accéléré, et qu'elles suscitent le désir de rencontre chez d'autres musiciens, il nous est apparu que certains de ces musiciens sont des musiciens passeurs. C'est à leur travail de décloisonnement entre langages musicaux, qui vise au mûrissement dans la longue durée de rencontres musicales et humaines atypiques, que se consacre la Fondation Royaumont, avec son département des musiques orales et improvisées.

Le travail peut se faire le long de différents axes : musique orale et jazz ou musiques improvisées européennes ; musiques orales et composition contemporaine ; musique orale et musique orale. La recherche interdisciplinaire permet le recul, et la succession des résidences d'artistes à Royaumont donne au projet son unité de lieu et de temps. Il s'agit donc d'une démarche d'hospitalité musicale, où le musicien est l'hôte du musicien.

En préambule à la rencontre musicale, la rencontre intellectuelle Musiques orales et migrations musicales / questions esthétiques, questions éthiques situera les enjeux intellectuels et artistiques. La sphère de la philosophie et des sciences humaines, et la sphère de la musique et de la musicologie, mettront en commun leurs recherches et leurs pratiques. Elle s'est déroulée les jeudi 22, vendredi 23 et samedi 24 juin, à Royaumont.

 

Frédéric Deval.

Directeur du Département des Musiques Orales et Improvisées Fondation Royaumont

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Programme

Jeudi 22 juin

 

Typologie et approches du devenir des musiques orales

 

" libre parcours "

Keyvan Chemirami

 

Pour une anthropo-histoire de l’oralité en musique

Jean Molino

 

De la steppe à la ville / les migrations des musiques orales en Asie Centrale

Jean During

 

" libre parcours "  

Benyat Achiary

 

Pour être traitées à part entière, les musiques orales doivent-elles se déployer entièrement à part ?

Vincent Dehoux

 

Posture ethnomusicologique et posture de direction artistique: ambiguité ou complémentarité ? Le cas de Bali

Kati Basset

 

Les musiques orales du monde arabe et les spécificités de la migration en univers musulman

Christian Poché

 

 

Vendredi 23 juin

 

Balkans : les musiques orales face aux manipulations de l’identité

 

" libre parcours "

Zulfikarpasic

 

Roumanie : paysage des musiques orales à la fin du XXe s.

Speranta Radulescu

 

Folklore et identité nationale : exemples yougoslaves

Ivan Colovic

 

Traditional music in communist and post-communist Romania beyond the battlefield of representations

Csilla Könczei

 

Les recompositions de l’oralité

 

" libre parcours "

Ahmed Essyad

 

Musiques écrites face à l'oralité

 

Le propre et l'organique : reflexions à partir de Liszt et de la musique tzigane

Peter Szendy

 

Une inscription du matériau oral dans la musique : le cas de l’œuvre de György Ligeti

Antonia Soulez

 

 La rencontre entre musiques orales de provenances différentes

 

De la voie à l'instrument : réinterprétation moderne du patrimoine breton

André-Marie Despringre

 

 Le jazz européen et les musiques orales : une syntaxe, des espaces imaginaires

 

Michel Pintenet, Directeur de la Maroquinerie, Paris (France)

 

Samedi 24 juin

 

Marché et diffusion

 

" libre parcours "

Vasco Martin

 

Table ronde :

Editeurs discographiques face à la migration des musiques orales :

 

la migration et le métissage des musiques orales : l’identification du problème et son traitement par l’industrie musicale mondiale

Patrick Zelnick

Avec

Catherine Peillon, Gilbert Castro, Maggie Doherty

 

Table ronde :

Les médias face au décloisonnement des publics

 

L’évolution de la presse française à l’égard des musiques orales dans la décennie 1990/2000

Mina Rad

 

World Music in USA : Cuba, Brazil.

Larry Birnaum

 

Californian Dreaming and New Media: Latin Music

Jonathan Curiel

 

Les musiques du monde vues par Ouest-France

Jean Théfaine

 

Traditionnal Music in German Radios

Bernard Hanneken

 

Comment les outils multimédia peuvent servir les musiques du monde

Jean-Claude Bonfanti

 

 

Les musiques orales dans " le régime esthétique de l’art " ?

 

" libre parcours "

Jean-Marc Padovani

 

La place de l'ésthétique en ethnomusicologie

Jean-Jacques Nattiez

 

La " vie d’artiste " ou le défi de la représentation

Laurent Aubert

 

En guise de conclusion : Rencontres improbables

Jean-Louis Déotte

 

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Intervenants

Keyvan Chemirami, percussions iraniennes

 

Jean Molino, professeur honoraire à l’Université de Lausanne (Suisse)

 

Jean During, CNRS, ethnomusicologue (en résidence à Tachkent / Ouzbekistan)

 

Benyat Achiary, compositeur, chant, pays Basque (France)

 

Vincent Dehoux, président de la Société Française d’Ethnomusicologie, Musée de l’Homme, Paris (France)

 

Kati Basset, ethnomusicologue, Paris, (France)

 

Christian Poché, ethnomusicologue, Conseiller à l’Institut du Monde Arabe (France)

 

Zulfikarpasic, compositeur et jazzman, pianiste (France/Bosnie)

 

Speranta Radulescu, chercheur, Musée du Paysan, Bucarest (Roumanie)

 

Ivan Colovic, sociologue (Belgrade, R.F. de Yougoslavie)

 

Csilla Könczei, anthropologue, ethnologue, Université Babes-Bolyai, dép. de langue et culture hongroises (Cluj, Roumanie)

 

Ahmed Essyad, compositeur, (Maroc / France)

 

Peter Szendy, Ircam, Paris /Université de sciences humaines et sociales, Strasbourg (France)

 

Antonia Soulez, professeur de philosophie, Université de Paris VIII/Collège International de Philosophie (Paris)

 

André-Marie Despringre, CNRS/LACITO département anthropologie de la parole (France)

 

Michel Pintenet ,Directeur de la Maroquinerie, Paris (France)

 

Vasco Martin, compositeur (Cap-Vert)

 

Patrick Zelnick, P.D.G Naïve-Auvidis (Paris, France)

 

Catherine Peillon, directrice, l’Empreinte Digitale (Marseille, France)

 

Gilbert Castro, directeur, Mélodie

 

Maggie Doherty, directrice, Night and Day

 

Mina Rad, journaliste, responsable de l’association Pharo

 

Larry Birnaum, rédacteur en chef de Rythm and Music, journaliste à Village Voice et New York Times, New York (USA)

 

Jonathan Curiel, journaliste culturel, San Francisco Chronicle (USA)

 

Jean Théfaine, journaliste culture et musique, Ouest-France (France)

 

Bernard Hanneken, journaliste à la WDR, président du European Forum of World Wide Music Festival, Berlin (Allemagne)

 

Jean-Claude Bonfanti, chargé de cours au département Hypermédia, Paris VIII (France)

 

Jean-Marc Padovani, compositeur, jazz et musiques européennes improvisées (France)

 

Jean-Jacques Nattiez, professeur de musicologie (Université de Montréal)

 

Laurent Aubert, directeur des Ateliers d’ethnomusicologie, Genève (Suisse)

 

Jean-Louis Déotte, département de Philosophie, Université de Paris VIII, maître de conférences en esthétique, directeur de la Collection Esthétiques, édition l'Harmattan (France)

 

José Evangélista, compositeur, Montréal (Québec/Canada)

 

Philippe Michel, UFR "Philisophie, esthétique, Art", Université de Paris VIII, responsable du département Musique, coordinateur de la filière "Jazz et musiques improvisées" (France)

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