Frédéric Nevchehirlian, Mike Ladd, Busa, poètes slameurs
Carol Robinson, clarinettes, birbine
Serge Teyssot-Gay, guitare électrique
Keyvan Chemirani, zarb, daf
Frédéric Nevchehirlian, direction artistique
Kristina Rady, traduction et adaptation des textes 
Présentation | 
| | ©Gilles Abegg |
Royaumont explore depuis 2003 le potentiel des rapports entre le slam et la musique. Entre le souffle du verbe et le souffle musical. Commencée par une rencontre entre les trois poètes slameurs du Spoke Orchestra (Félix J., Nada et Abdel Haq Aït Saïd) et les percussionnistes Keyvan Chemirani et Bijan Chemirani au zarb et au daf, qui a débouché en octobre 2004 au sein de la Saison musicale de Royaumont sur Slam et percussions, cette aventure expérimentale se poursuit en 2006 avec Slam et souffle.
Il s’agit de voir ce que la pulsation slam, cette scansion urgente de la langue où se ressent encore l’énergie du rap et du hip hop, produit dans des langues différentes associées, dans un voisinage sonore intéressant. Le slam se passe très bien de la musique, et la musique du slam. Quelles voies alors explorer pour que ces deux langages se valorisent l’un l’autre, et ne s’annulent pas ? C’est tout l’enjeu. Ici, trois langues vont s’entrecroiser : le français, l’anglais / américain et le hongrois. Chacune avec son intonation, son amplitude, et ses timbres. Son histoire. Incarnées en trois poètes slameurs : Frédéric Nevchehirlian pour le français, Mike Ladd pour l’anglais, et Istvan Busa pour le hongrois. Faire sonner ces langues ensemble, simultanément ou consécutivement. Les frotter les unes aux autres, en risquant d’éventuelles polyphonies de langues. Lancer des textes différents, ou partir d’un texte en langue originale avec ses versions dans les deux autres. Autant de fils à tirer. La pulsation slam, le mot-projectile, l’esprit d’une poésie sonore urbaine courra au milieu.
Compagnons de route des trois poètes slameurs, trois musiciens hors pair, issus de trois univers, viennent proposer que l’impact de la parole soit accru par des énergies musicales diverses mais combinables :
Serge Teyssot-Gay, venu du groupe Noir Désir et de l’esthétique rock, a aussi ouvert une voie de recherche personnelle sur les textes (ceux de Georges Hyvernaud ou de Lydie Salvaire), ou sur des langages musicaux très différents du sien (Interzone, avec le musicien syrien Khaled Aljaramani au oud). Son travail à partir des modes orientaux dans le cycle Maqams et création (2005, Royaumont ; 2006, Damas et Alep, Syrie) reste dans les mémoires. Ici, il joue de la guitare électrique baryton.
Keyvan Chemirani, apporte avec lui tout l’acquis de l’expérience précédente Slam et percussions (2005, Royaumont), et au delà, de celle du Rythme de la parole (2004, Royaumont), une rencontre d’exception entre musiciens indiens, iraniens et maliens, qui était sous-tendue par une recherche sur la prosodie des langues tamoul, iranienne et bambara. Keyvan transfère ainsi dans Slam et souffle cette jonction qu’il a su opérer entre structures prosodiques et musicales de plusieurs langues chantées. Il joue ici du zarb et du daf.
Carol Robinson apporte un humus musical fait de toutes les expériences des univers multiples qu’elle a traversés – ceux de musiciens compositeurs (en particulier Scelsi, Berio ou Nono) ou improvisateurs, d’hommes de théâtre ou de chorégraphes (et parmi eux, Susan Buirge) -, avec un large appétit de découvertes, qui se resserre aujourd’hui : il y a une visée, celle de se centrer sur des musiques qui l’engagent totalement. Elle joue ici des clarinettes, de la byrbine lithuanienne, et des objets sonores amplifiés.
Si Frédéric Nevchehirlian assure la direction artistique de cette aventure collective, c’est parce qu’elle part de la langue, qu’il sert avec un lyrisme vibrant, sans jamais patiner dans le pathos qui peut déborder soudainement, lorsque le slam se réduit à une poésie exutoire. C’est aussi parce que sa sensibilité musicale lui fait deviner ce que la percussion, les timbres et les couleurs apporteront aux mots-sons. Son expérience avec le groupe Vibrion ici le nourrit.
Dialoguer avec le souffle verbal propre à chaque langue. Proposer des rythmes et des respirations. Rechercher ensemble le fondu entre des clarinettes, de la guitare électrique baryton et des percussions sur peau – et trouver un alliage chaleureux, proche des voix. Démultiplier le rythme de la voix par des combinaisons rythmiques instrumentales. Alors, lorsque la musique accroît la force de scansion et de projection du slam, elle se met au service des pouvoirs de la parole.
Frédéric Deval
Directeur du département des Musiques Orales et Improvisées
Fondation Royaumont

 | 
| | ©Gilles Abegg |

|