Un projet ambitieux

Après la création, en 2014, d’un nouveau Potager-Jardin à l’Est des ruines puis la restauration complète, en 2016, du bâtiment des moines et de sa toiture, le temps était venu de rénover et de repenser cet espace inchangé depuis plus d’un siècle. Pour ce faire, la Fondation Royaumont a lancé un programme complexe, articulant plusieurs niveaux d’intervention dans des domaines scientifiques et techniques différents et complémentaires :

  • Une exploration et des fouilles archéologiques ;
  • La restauration du mur du bas-côté Sud de l’église, du mur Ouest du bras Nord du transept et des vestiges lapidaires disposés sur le site ;
  • Un programme de recherche acoustique visant à recalculer l’acoustique de l’ancienne abbatiale ;
  • L’installation in situ de dispositifs sonores qui permettront la diffusion de cette restitution acoustique et celle d’œuvres de création musicale ;
  • L’aménagement d’un nouveau jardin paysager et la remise en valeur des vestiges architecturaux encore en place, favorisant une meilleure compréhension du site par les visiteurs.

Le projet, dans son ensemble, suppose un aménagement de surface et induit le passage souterrain de réseaux câblés nécessaires aux équipements d’éclairage et de sonorisation, ainsi que le creusement de fosses pour les plantations végétales. Il en résultera donc un impact certain sur le sous-sol de cette ancienne église royale, ce qui oblige à anticiper les futurs aménagements qui détruiront les éventuelles données archéologiques. Dans la même logique, il serait aussi utile d’établir une cartographie du sous-sol, autant que faire se peut, pour s’assurer de la présence – ou de l’absence – de fondations, sols médiévaux ou de sépultures en place, et anticiper ainsi la localisation et la profondeur des futures installations.

Royaumont, abbaye royale dans le Beauvaisis […] vers 1704, par Louis Boudan © Bibliothèque nationale de France

Royaumont, abbaye royale dans le Beauvaisis […] vers 1704, par Louis Boudan
© Bibliothèque nationale de France

Nous ne savons que peu de choses au sujet de cette église. Les archives de l’abbaye ont en partie disparu lors d’un incendie, en 1760, et seules nous sont parvenues quelques esquisses du XVIIIe siècle, comme ce dessin conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Vue de l’église et du palais abbatial de Royaumont

Vue de l’église et du palais abbatial de Royaumont.
Extrait de Monumens françois, tels que Tombeaux, Inscriptions, Statues, Vitraux,
Mosaïques, Fresques, etc. ; tirés des Abbayes, Monastères, Châteaux et autres lieux, par Aubin-Louis Millin, 1790

Restitution de l’angle Nord-Est du bras nord du transept par Pierre-André Lablaude

Restitution de l’angle Nord-Est du bras nord du transept par Pierre-André Lablaude
Dans l’ancien bras nord du transept, l’examen de la tourelle d’escalier indique une élévation tripartite, caractéristique des grandes églises gothiques d’Île-de-France des années 1230, avec de grandes arcades, un triforium continu et aveugle, surmonté par une série de baies à deux lancettes couronnées d’un oculus.

Une documentation lacunaire

Or, le site de l’église de Royaumont est mal documenté et simplement connu par quelques descriptions littéraires ou de rares archives éparses… Celles qui étaient autrefois conservées dans l’abbaye ont malheureusement disparu, peut-être dans l’incendie de 1860[1] et, pour l’essentiel, nous devons sur appuyer sur un article de « l’antiquaire » polygraphe Louis-Aubin Millin, rédigé peu de temps avant la destruction de l’édifice[2], et sur quelques relevés et restitutions réalisés dans les ruines par l’architecte Louis Vernier à la fin du XIXe siècle.

Quant au sous-sol archéologique, il est quasiment inconnu. On a mention de « fouilles » en 1907[3], mais l’abbaye n’étant pas encore protégée au titre des Monuments Historiques, on ignore qui a conduit ces investigations et leur résultat est aujourd’hui perdu. La seule opération connue et renseignée se limite à deux mini sondages en 1996 (un seul archéologue pendant une journée, rebouchage compris) dans le bas-côté Sud, par Jean-Louis Bernard, ingénieur de recherche à l’INRAP. À cela s’ajoute une exploration géophysique menée en 2012 par des étudiants de l’Université Pierre et Marie Curie (Sorbonne, Paris VI), sous la conduite d’Alain Tabbagh, géophysicien et professeur d’université, dans le cadre d’un stage universitaire. Cette exploration de surface portait uniquement sur l’emplacement de la nef et a donné des résultats imprécis et peu exploitables.

Une reconstitution numérique de l’église abbatiale a cependant été réalisée entre 2012 et 2014, en partenariat avec des élèves ingénieurs de l’École Centrale de Paris, sous la direction de Patrick Callet, enseignant chercheur à l’École Centrale et d’un comité scientifique pluridisciplinaire[4]. Cette reconstitution s’était appuyée sur les vestiges lapidaires, quelques archives et autres études générales. Elle avait abouti, après sa finalisation par Xavier Schiettecatte, à une maquette informatique en 3D que vous pouvez découvrir grâce à ce film documentaire d’animation :

Cette représentation peut être considérée comme relativement fiable dans ses grandes lignes architecturales mais, dans l’état de la documentation et des sources disponibles, il était difficile d’aller plus loin dans la description. La nécessité d’aboutir à une représentation compréhensible par le public avait conduit à pallier le manque d’information par des « emprunts » plausibles : l’aspect et la position des autels, le traitement des sols, la position et la forme des stalles ou les motifs des vitraux, par exemple, sont des propositions non renseignées scientifiquement mais inspirées de bâtiments comparables.

Le secours de l’archéologie

Sans données complémentaires, il était donc difficile d’aller plus loin et les premières réunions de travail ont bien montré l’importance d’un dialogue éclairé entre le projet acoustique et l’enquête archéologique. En effet, certaines des questions posées leur sont communes (dimensions et forme de l’église, altitude et nature du sol, position des autels et des stalles…) et la reconstitution de l’ambiance sonore de l’édifice suppose de pouvoir y répondre. Une fouille, ou tout au moins des sondages archéologiques, paraissaient donc absolument nécessaires.

Dans ce dossier, l’archéologie représente une source de données scientifiques et techniques utiles au projet, un outil pratique de décision dans les choix liés au futur chantier d’aménagement, et une borne patrimoniale à respecter. Pour la préparer au mieux, la Fondation Royaumont a d’abord commandé à la société Geocarta une cartographie géophysique électrique et magnétique de l’emplacement de l’église, qui a été menée les 24 et 25 novembre 2020. Le rapport, rendu en janvier 2021, a révélé des structures enfouies et de nombreuses anomalies dont il a été tenu compte au moment de déterminer l’emplacement fosses de sondages.

L’étape suivante, du 23 juin au 9 juillet 2021, consiste en une exploration manuelle, systématique et scientifique, de trois zones réparties sur la zone de l’ancienne abbatiale. Plusieurs objectifs ont été fixés par le Service Régional d’Archéologie : les structures mises au jour seront fouillées, enregistrées, analysées et si possible, datées.  Les vestiges seront collectés. Des relevés de détail seront produits, ainsi que des enregistrements par photographie, photographie aérienne par drone et photogrammétrie. La phase d’étude (post-fouille) comprendra le traitement du mobilier archéologique (céramique, charbons de bois, débris osseux, etc…) et la mise au propre de la documentation de fouille, ainsi que les études spécialisées nécessaires à l’analyse des données de terrain.

Les résultats scientifiques de l’opération seront présentés dans un rapport de synthèse au début de l’année 2022, et mis en perspective par rapport aux problématiques actuelles sur les abbayes médiévales.

Ruines de l'abbatiale

Ruines de l’abbatiale
Le plan au sol des fondations révèle cependant un édifice en forme de croix latine, comportant une nef de huit travées avec bas-côtés, un transept et un chœur doté d’une abside bordée d’un déambulatoire et de sept chapelles rayonnantes.

Ruines de l'abbatiale

L’étude des ruines a permis de retrouver le plan de l’édifice, matérialisé sur le site par de monumentaux vestiges lapidaires qui y furent disposés en 1907.


[1] Duclos H., Histoire de Royaumont, sa fondation par Saint Louis et son influence sur la France, Paris : Douniol, 1867, tome 2, p. 411

[2] Millin A.-L.Monuments françois, tels que Tombeaux, Inscriptions, Statues, Vitraux, Mosaïques, Fresques, etc. tirés des Abbayes, Monastères, Châteaux et autres lieux, Drouhin, 1790

[3] Lauer P., L’abbaye de Royaumont, in Bulletin monumental, n° 8, Caen, H.Delesques, 1908, pp. 198-199

[4] Patrick Callet et Rémi Cerise, ingénieurs et enseignants à l’École Centrale de Paris ; Monique Wabont, archéologue au Service départemental d’archéologie du Val-d’Oise ; Jean-Louis Bernard, ingénieur de recherche à l’INRAP (Institut national de recherche et archéologie préventives) ; Ludovic Galfo, historien, Études Recherches Prospections Historiques et archéologiques ; Marc Viré, ingénieur de recherche à l’INRAP (’Institut national de recherche et archéologie préventives) – CNRS, UMR 8589 Lamop ; Jean-François Belhoste, historien, directeur d’études à l’École pratique des hautes études ; Elsa Ricaud, architecte du patrimoine, agence Sunmetron ; Jean-Michel Leniaud, historien, directeur de l’École nationale des Chartes ; Philippe Plagnieux, professeur d’histoire de l’art du Moyen-âge à l’Université Paris I ; Kristiane Lemé-Hébuterne, historienne, chercheur associée au Laboratoire d’archéologie de l’Université de Picardie Jules Verne ; Damien Berné, conservateur du patrimoine au musée de Cluny – musée national du Moyen Âge ; Pierre-Yves Le Pogam, conservateur en chef au département des sculptures du Musée du Louvre.

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