2013-2016

Des plantes porteuses de sens
Au début du Moyen Âge, Isidore de Séville définissait le symbole comme « un signe donnant accès à une connaissance ».

L’homme médiéval recourt à une démarche associative et non à une logique déductive : pour lui, « toutes les herbes, plantes, arbres et autres éléments provenant des entrailles de la terre, sont autant de livres et signes magiques communiqués par l’infinie miséricorde de Dieu »
Oswald Crollius, La Royale Chimie de Crollius, 1624


Les symboliques

Cette connaissance se construit suivant des degrés de symbolique et stades de déchiffrements. Cette complexification des références permet ainsi de passer d’un simple état d’extase devant les beautés du monde vers une vision organisée du réel.

Le premier degré de symbolique passe d’abord par la définition d’un usage par analogie pure entre les singularités des plantes et certains maux.
Par cette méthode, une forme ou une couleur peut être considérée comme la « signature » des vertus de la plante. Par exemple par sa forme, la noix est associée au cerveau. Cette ressemblance indique, si l’on suit une logique associative, que la noix peut être utilisée comme thérapie contre les maux liés au cerveau.

Le deuxième degré de symbolique se complexifie en une forêt de correspondances reliant le monde vivant et l’invisible. Les plantes portent en elles les clés de lecture pour traduire l’intraduisible. Ainsi les plantes par leurs formes et autres caractéristiques nous renseignent sur les mystères divins. Ceux-ci sont « cachés » dans les plantes et une foule de concordances permettent à l’homme médiéval d’accéder à l’invisible. Par exemple le thème de la trinité se retrouve dans une multitude de plantes qui en portent les particularités (feuilles trilobées, fleurs et fruits en trois parties…). C’est le cas du trèfle, la violette, le fraisier, l’ancolie, la ronce…

Le troisième degré de symbolique, le plus complexe, se détache de toute forme d’analogie entre la forme ou une caractéristique de la plante et ce qu’elle symbolise. En effet, les plantes et leurs symboles se sont retrouvés inclus dans la vie quotidienne et ont été utilisés ou réutilisés pour justifier des actes, exprimer des états, des pouvoirs, les sentiments. Les symboles ont été altérés, détournés ou utilisés, prenant un nouveau sens ou s’enrichissant. Par exemple le lys, symbole de la fertilité féminine, fut enrichi pour être associé à celui de la Vierge, symbole de pureté et de chasteté. Il est aussi lié à la royauté française, présent dans ses armoiries.

Le jardin clos

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers
.

Correspondances – Les Fleurs du Mal – Baudelaire

Les plantes présentées dans ces neuf carrés ont été choisies pour les symboles qu’elles véhiculent, ce que les notices décrivent brièvement.

Mais le premier symbole est le jardin lui-même, hortus conclusus, ou jardin clos, que l’on découvre dans le Cantique des Cantiques : « Tu es un jardin clos, ma sœur, mon épouse, un jardin clos, une source scellée« . Le Cantique des Cantiques offre, à travers cette image du jardin, une vision symbolique de la Vierge Marie qui rend hommage à sa pureté. Il ne reste plus qu’à y placer les plantes qui symbolisent ses multiples vertus : pureté, humilité, charité…

Les religieux et religieuses ont souvent reproduit ce jardin au centre de leur monastère ou de leur couvent, protégé par de hauts murs. Ici, les paysagistes ont opté pour une haie d’osier qui clôt ces neuf carrés, livrant une interprétation paysagère de la clôture.

Les neuf carrés plantes et symboles, toute une histoire

À travers elles, transparaît l’histoire des relations entre l’homme et la nature au cours des siècles. Mais il est impossible de prétendre faire le tour de cette question qui interroge la pensée médiévale à travers la sélection de quelques dizaines de plantes. Il s’agit donc plutôt de porter un regard et un éclairage…

On peut cependant tenter de les organiser selon 3 grandes catégories.
Les plantes dont les symboles apparaissent comme un signe, ce sont celles dont l’aspect, selon la théorie des plantes à signature, induit les vertus médicinales. Les plantes comme emblèmes, dont les symboles qui y sont attachés découlent de leur aspect aussi, mais incarnent cette fois une notion abstraite, et traduisent l’intraduisible, souvent en relation avec les mystères de la religion. Enfin, certaines plantes aujourd’hui ont conservé, par un usage constant et répété, le symbolisme dont elles ont été longtemps investies auparavant, parfois s’enrichissant d’un nouveau sens ou glissant d’un sens à un autre. La symbolique liée à ces plantes phares fait partie intégrante de notre culture. Comme des jalons culturels, elles deviennent à elles seules un système de représentation.

Bibliographie

  • La Plante compagne, Pierre Lieutaghi ; Éditions Actes Sud, Col, 1998, 299 p.
  • Mentalités médiévales XIe–XVe siècles, Hervé Martin ; Editions PUF, 1996, 516 p.
  • Le jardin médiéval, un musée imaginaire, Cluny, des textes, et des images, un pari, Viviane Huchard et Pascale Bourgain ; Éditions PUF, 2002, 128 p.
  • Aux origines des plantes Des plantes et des hommes, sous la direction de Francis Hallé et Pierre Lieutaghi ; Editions Fayard, 2008, 665 p.
  • Aux origines des plantes Des plantes anciennes à la botanique du XXIe siècle, sous la direction de Francis Hallé ; Éditions Fayard, 2008, 675 p.
  • La Nature et ses symboles, Lucia Impelluso ; collection Guide des Arts, Éditions Hazan, 2004, 384 p.
  • L’héraldique, Histoires, blasonnements et règles, Michel Froger, Éditions Ouest France
  • Les Plantes et leurs symboles, Anne Dumas ; Editions du Chêne, 2000, 127 p.
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