1914 – 1919 : le Scottish Women’s Hospital de Royaumont

Pendant la Première Guerre Mondiale, l'abbaye de Royaumont a servi d'hôpital pour les blessés revenus du front. Sa spécificité ? Avoir été tenu par des infirmières et des doctoresses venues d'Ecosse...

Royaumont en 1914

Lorsqu’éclata la Grande guerre, le domaine de Royaumont appartenait à la famille Goüin. Avec le rachat du palais abbatial en 1899, puis de l’abbaye en 1905, Jules Goüin, industriel et président de la Société de Construction des Batignolles, avait reconstitué le domaine morcelé au XIXe siècle. Après sa mort en 1908, l’ensemble avait été conservé par ses deux fils aînés, Édouard et Gaston Goüin, qui y séjournaient régulièrement. En novembre 1914, Edouard Goüin mit l’abbaye de Royaumont à la disposition de la Société de Secours aux Blessés militaires , gratuitement et sans aucune formalité administrative. Un mois plus tard, une équipe médicale traversait la Manche pour installer un hôpital bénévole à Royaumont.
Un hôpital un peu particulier : son personnel était, en majorité, écossais, exclusivement composé de femmes, et militait activement pour le suffrage féminin.

La « Scottish Federation of Women’s Suffrage Societies »

C’était la branche écossaise d’un groupement féministe très connu en Angleterre, le « National Union for Women’s suffrages », dont la secrétaire honoraire s’appelait Elsie Inglis (1864-1917). Diplômée en 1892 du Medical College for Women in Edinburgh, elle avait été frappée par la pénurie et la médiocrité des soins dispensés à la population féminine et, dès 1894, elle ouvrait une maternité et un centre de soin destiné aux femmes dans les quartiers pauvres d’Edimbourg. Comprenant vite que ce combat pour l’égalité à l’accès aux soins ne pouvait aboutir sans un engagement politique, elle s’engagea dans la lutte pour le droit de vote des femmes.
Le 12 août 1914, la Fédération écossaise se réunit et proposa d’ouvrir un hôpital sous l’égide de la Croix Rouge afin de participer à l’effort de guerre. Elsie Inglis y vit l’occasion pour les femmes médecins de faire leurs preuves et suggéra que cet hôpital soit entièrement administré par des femmes. Le gouvernement britannique déclina la proposition mais les autorités françaises et serbes, contactées le 15 octobre 1914, ne furent pas si difficiles. Les « Scottish Women’s Hospitals for Foreign Service » étaient nés.
Un comité fut organisé pour recevoir des donations et des candidatures de volontaires. Le 30 octobre, 1000 livres sterling avaient déjà été rassemblées et le journal de l’association écrivait « un hôpital est assuré et partira en Serbie ». Le 13 novembre, trois unités étaient déjà garanties ! Pendant ce temps, la vicomtesse de La Panouse, présidente de la Croix Rouge française à Londres, cherchait activement un bâtiment en France pour abriter une unité des SWH. L’abbaye de Royaumont leur fut proposée le 27 novembre.

Le Scottish Women’s Hospital de Royaumont

Le recrutement fut rapide et le 4 décembre 1914, malgré une effroyable tempête, le docteur Inglis embarquait à Folkestone avec sept docteurs, dix infirmières, huit aides-soignantes et trois chauffeuses, toutes placées sous la direction de Frances Ivens, chirurgienne en chef.
Les vastes bâtiments rénovés à la fin du XIXe siècle pour le noviciat avaient été délaissés depuis 10 ans et de gros travaux d’appropriation furent entrepris : nettoyage, installation de l’électricité, d’eau courante, de dortoirs, de salles d’opération et de radiologie, d’un laboratoire de biologie, etc. Le 10 janvier 1915 l’établissement reçut son agrément d’hôpital auxiliaire n°301, et ses premiers patients. Deux ans plus tard, en août 1917, le service de santé français demanda aux médecins de Royaumont d’ouvrir une annexe à Villers-Cotterêts, au plus près des combats, pour donner aux blessés les soins les plus urgents. Le 30 mai 1918, l’offensive allemande entraîna son évacuation précipitée vers Royaumont et le site fut entièrement détruit par des bombardements.
Au plus fort de la guerre, l’hôpital de Royaumont abrita 600 lits : c’était le plus grand et, après le Saint John’s Hospital d’Etaples, le plus proche de la ligne de front de tous les hôpitaux bénévoles. Entre janvier 1915 et février 1919, les 477 « Dames de Royaumont » soignèrent 10 861 patients, dont 8752 soldats , et on ne déplora que 159 décès parmi les soldats, soit un taux de mortalité de 1,82 %.
Cet excellent bilan s’explique par la rigueur des praticiennes et par les méthodes employées : le recours aux ambulances à rayons X ; un partenariat de recherche avec l’Institut Pasteur qui leur donnait accès à de précieux sérums, parfois encore expérimentaux ; des examens biologiques et radiographiques systématisés pour prévenir l’apparition de pathologies gangréneuses et limiter le nombre des amputations ; des traitements en plein air pour accélérer la guérison et la cicatrisation… autant de pratiques scientifiques rigoureuses et innovantes.
L’hôpital de Royaumont ferma ses portes en mars 1919 et, cent ans plus tard, les prouesses humaines et scientifiques de ces femmes hors du commun méritent amplement de sortir de l’oubli !

Texte : Nathalie Le Gonidec
Photographies : archives de Royaumont

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