9 carres 2016 - en savoir plus

« Je suis là pour conquérir le monde ». Signé : une plante | Migrations végétales, un peu d’histoire | Indigène ou exotique / une histoire de regards


 « Je suis là pour conquérir le monde ». Signé : une plante.

« Les plantes ne sont pas des êtres immobiles, ce qui les opposerait facilement aux animaux, doués d’organes locomoteurs. Elles développent des trésors d’invention pour perpétrer l’espèce. Grandes voyageuses, certaines pratiquent le saut d’obstacle, ou jouent les passagères clandestines. Pas toujours appréciées du jardinier qui voit pousser dans son carré des plantes pas forcément désirées ! »
Daniel Lejeune, Ingénieur horticole, administrateur de la SNHF en charge de la bibliothèque
Pour en savoir + : Voir Les plantes reines de l’évasion, http://www.jardinsdefrance.org

On ne le croirait pas a priori mais je suis une véritable usine. Mon but est de diffuser et disséminer des graines pour investir de nouveaux territoires.
Alors je réalise un trafic inimaginable d’actions et de réactions pour atteindre ce but : marcottages, stolons, drageons, rejets, pour me multiplier ; expulsions, explosions, chutes,... pour favoriser la diffusion de mes graines. Et c’est grâce à cette stratégie que notre communauté d’espèces se perpétue, au fil des générations qui se succèdent.
Pour amplifier notre action, il nous arrive d’avoir recours au vent, à l’eau, aux animaux… Je m’explique par quelques exemples :

  • Mon amie la Bardane, présente au jardin, prend les attaches du lièvre ; car après s’être accroché à son pelage, elle pourra ainsi parcourir de belles distances. Bien d’autres exemples de coopérations de ce type existent, qu’il s’agisse de fruits ou graines accrochées dans les pelages ou les plumes, ou des graines, digérées par les sucs d’estomacs animaux, dispersées alors sur de nouveaux terrains. 
  • Mon camarade le Cocotier vous dirait qu’il a dû trouver des moyens de protéger ses noix de la pourriture et du sel, lors de ses flottaisons, et ainsi protéger sa monture lors de ses voyages aquatiques. 
  • Mon compagnon le Pissenlit a trouvé un moyen d’alléger ses akènes pour que le vent puisse les porter…

J’aurais encore mille et une histoires de conquête à raconter, mais je ne dois pas oublier l’essentiel ! rien ne serait possible sans un collaborateur fiable, performant depuis quelques millénaires : l’HUMAIN.
Il tient tous les rôles : sélectionneur, transporteur, ingénieur, chercheur, développeur… il fait tout ! Du transport à l’acclimatation, en passant par le réensemencement. C’est parfois aussi trivial qu’un transport d’adventices sous les semelles de ses chaussures…

Nous n’avons qu’à attendre patiemment que l’homme nous trouve un intérêt quelconque et nous nous retrouvons quelques siècles plus tard :
- avec un patrimoine génétique ultra-riche de quelques centaines de cultivars, enrichies des hybridations multiples et variées ;
- de l’autre côté de la planète dans des milieux que nous n’aurions jamais pu atteindre de manière naturelle ou au prix de quelques millénaires supplémentaires (à 50 cm parcourus par génération pour certaines espèces, les temporalités sont très dilatées !).

L’histoire de cette collaboration remonte aux premières occupations humaines, avec nos ancêtres les chasseurs cueilleurs, qui ont permis au fil des années les premières domestications des plantes alimentaires (céréales, fruits, légumes et aussi animaux). La diffusion de l’agriculture et l’ère des grandes civilisations (empire romain et empire ottoman) ont naturellement amplifié les échanges, qui ne cesseront par la suite de répondre à de multiples facteurs de diffusion (commerce, croyance…).

Mais revenons à l’époque actuelle, avec une dernière remarque : aujourd’hui cette collaboration est questionnée au nom de la préservation d’essences locales ; enfin, locales, tout est relatif : la plupart sont issues d’une introduction, naturelle ou non, ancienne de deux siècles seulement… En effet, certaines plantes ont profité des faiblesses de l’homme, ou celui-ci n’a pas bien réfléchi à ce qu’il faisait… et quelques-unes de ces plantes ont envahi des territoires au point de déstabiliser des écosystèmes tout entiers !

Ami lecteur, je vous invite à réfléchir à la portée de ces révélations… issues de pratiques vieilles de quelques centaines d’années !


Migrations végétales, un peu d’histoire
Notions et repères de la préhistoire au Moyen Âge

Les différentes définitions ayant trait à la notion d’origine végétale démontrent bien les complexités d’approche voire les ambiguïtés sur les notions d’endémisme, d’exotisme, d’indigène, de naturalité, de spontanéité et de cultivé.
Si l’on choisit le temps référent de la dernière glaciation, la Préhistoire, ou l’Antiquité, et même le Moyen Âge, pratiquement toutes nos plantes cultivées sont considérées comme exotiques. Faut-il avoir une échelle temporelle unique pour définir les aires géographiques d’origine ?

Grâce aux continuités géographiques et aux voyages des Hommes, les plantes se sont répandues sur les continents, se sont adaptées/acclimatées/ont été domestiquées pour aboutir à une plus grande biodiversité, qui est aujourd’hui une véritable richesse.

Voici quelques repères sur l’histoire des migrations végétales, des origines connues à la fin du Moyen Âge.

Pôles d’origine, routes et facteurs d’échange

Préhistoire : de foyers originaux, domestication et premières diffusions terrestres
On remarque sur les continents européen et asiatique deux foyers de domestication et pôles de diffusion : le croissant fertile et les actuels provinces de Shandong et Hebei en Chine.
La diffusion de l’agriculture, par l’acclimatation et la domestication d’espèces sauvages, permet d’identifier les premières traces de migrations de plantes. Les espèces de plantes (blé, orge, millet, pois, riz, lentille) se déplacent par le biais des migrations humaines, par voies terrestres et maritimes dès 8000 av. J.-C. (cf. Vavilov, Nicolaï, La théorie des centres d’origines des plantes cultivées, éditions Petit Génie, 2015)

Antiquité (3000 av. J.-C. – 461 ap. J.-C.) : naissance des routes commerciales et pôles de diffusion secondaires
L’Antiquité marque le début de l’essor des échanges commerciaux de plantes entre foyers.
Dans l’impossibilité de faire pousser certaines espèces ou du fait de ne pas connaître les secrets de leurs transformations, les hommes voyagent en Méditerranée troquant des denrées exotiques. Il s’agit principalement de produits de luxe (épices, agrumes, soie...).
Des pays se spécialisent dans certaines productions et le tracé de routes facilite l’acheminement des plantes.
Notons le rôle d’intermédiaires des Arabes dans cet acheminement entre Orient et Occident à travers la constitution de la Route de la Soie.

Moyen Âge (461 -1495) : démultiplication des échanges dans le monde, division des centralités, diversités variétales
Au Moyen Âge, les possibilités d’échange de végétaux se multiplient, bien que les expéditions botaniques à proprement dites n’existent pas encore.
Entre l’Orient et l’Occident, le commerce est plus régulier et protégé. La connexion longitudinale entre Orient et Occident tracée depuis l’Antiquité est enrichie davantage par des échanges transversaux (Pays du Nord, Asie du Sud-Est...).

Les villes rayonnent et le nombre de relais augmente : les plantes transitent dans de meilleures conditions de transport et en plus grandes quantités. La mondialisation de graines et plantes est inscrite dans un véritable système d’échange sur le continent eurasien. Les villes sont devenues dépendantes de ce système : ce ne sont plus seulement des produits de luxe qui sont échangés, mais des stocks de céréales, leur permettant de survivre en cas de famine, ou de guerre et de diversifier leur bio-patrimoine.

Désormais, nombreuses sont les plantes exotiques cultivées qui se sont acclimatées dans de nouveaux terroirs, domestiquées hors de leur foyer originel. Leur patrimoine génétique est modifié du fait de la domestication et de l’acclimatation faisant apparaître parfois de nouvelles espèces et variétés. Le nombre d’espèces soumises à la domestication dans des environnements différents est en expansion, en raison de leur dispersion géographique et des migrations humaines. La richesse agronomique s’élargit et la diversité augmente, les espèces végétales connaissent donc un élargissement de leur variabilité.
A la fin du Moyen Âge, les plantes issues de ces échanges disparaissent ou s’installent durablement dans leurs foyers d’acclimatation, au point qu’elles sont aujourd’hui considérées comme des espèces locales. Les échanges de plantes continuent avec l’exploration et la conquête du Nouveau Monde.


Les causes de l’amplification du transport de plantes au Moyen Âge

  • Les villes grandissent, les foires internationales et les routes commerciales se développent. Ce sont les premiers signes du capitalisme (spécialisation des cultures et vente de surplus, invention du chèque, organisations de guildes…).
  • Les progrès techniques sont notables dans les moyens de transports.
  • Le développement de maladies, la famine, etc. incite les populations à l’importation et à la diversification des cultures.
  • Les grandes conquêtes et les constitutions d’Empires (expéditions et prisonniers) entraînent la diffusion de savoir-faire et de connaissances écrites sur les plantes.
  • L’envoi de missionnaires, marchands, diplomates curieux et la diffusion de leurs rapports d’expéditions (possibles par le développement de l’imprimerie) concourent à une plus large connaissance des espèces exotiques et encouragent les explorateurs à voyager.


La Route de la Soie, voie principale des acheminements végétaux

La Route de la Soie correspond à un ensemble de routes et de comptoirs reliant la Méditerranée à Xi’an en Chine, long de 7 000 km.
Longitudinale, de nombreuses routes transversales l’enrichissent en réalité.

Tracé de la Route de la Soie : archeothema.com
Dès le début du premier millénaire, la Chine échange de la soie (90 % des échanges) contre des chevaux, puis de l’or. Petit à petit, les échanges s’amplifient ; arrivent à Rome des peaux, du fer, de la cannelle et autres denrées des pays traversés : épices, perles, bijoux, animaux exotiques, cachemire et coton d’Inde... En échange, les Romains exportent du vin, du papyrus, de la laine, du verre, du corail, du lin. Ainsi, végétaux, graines exotiques, connaissances et techniques de culture sont transmises de peuples en peuples.
Elle perdure jusqu’à la fin du Moyen Âge, puis périclite petit à petit. Les Européens se tournent alors vers le Nouveau Monde, l‘Afrique et abordent l’Extrême-Orient par voie maritime.


Indigène ou exotique / une histoire de regards
Décryptage

Vous dites… ? Exotique !
Par Yves-Marie Allain, ingénieur horticole, paysagiste DPLG, ancien directeur du Jardin des plantes de Paris et de l’arboretum national de Chèvreloup (Versailles), ancien inspecteur général de l’environnement

Exotique, mot né à la Renaissance comme si la question de l’origine des choses n’était pas une préoccupation des hommes du Moyen Âge et qu’il n’était pas de mise de classer, du moins les objets d’histoire naturelle, selon de tels critères. Depuis bien des choses ont changé et la volonté de classement, mais aussi de comprendre s’est imposée au fil des siècles. Le mot « exotique » est entré dans la langue française et au cours du XIXe siècle est apparu un nouveau concept celui de l’exotisme. Si la part de rêve du mot exotique a souvent disparu en prenant une connotation plus sombre, celle portée par l’inconnu, l’exotisme possède toujours cette part d’évasion positive.

Mais l’exotisme végétal n’est pas le végétal exotique, l’exotisme de la nature n’est pas la nature exotique. L’exotisme est d’ordre esthétique et culturel et peut être créé avec une flore indigène, car selon Victor Segalen dans l’exotisme « tout nous paraît neuf, nous surprend et se présente à notre œil dans une sorte de virginité ». Quant au végétal exotique, il renvoie à la fois à des critères d’ordre géographique et à une approche biologique. Par et pour cette approche trois questions sont en permanence posées pour qualifier ou non d’exotique une plante, la référence temporelle -géologique ou historique-, l’unité géographique prise en compte, du biome à l’habitat en passant par les zones biogéographiques, enfin, les raisons scientifiques de définir les deux critères précédents (sauvegarde d’un habitat, d’une espèce, d’un patrimoine génétique, etc.).

En effet, plantes et animaux ne sont pas soumis à nos règles temporelles et encore moins à nos découpages politiques mouvants. Alors le mot exotique devient presque gênant, nous renvoyant de façon quasi-permanente à nos propres contradictions. Les scientifiques se sont alors créés un vocabulaire afin de faire face à la diversité des cas rencontrés dans la nature : indigène, exogène, autochtone, allochtone, endémique, subspontané, introduit, acclimaté, naturalisé, archéophyte, néophytes, ethélochore, agochore, etc.. Dans cette liste de mots, qui se soumet à qui, l’homme à la nature, ou la nature au vocabulaire de l’homme ?

Mais ce qui a profondément changé ces dernières années, c’est le regard porté sur les plantes et animaux venus d’ailleurs. Ils ne sont plus analysés comme des objets pour lesquels un nom, une description, un lieu d’origine sont nécessaires mais comme des éléments vivants appartenant à un écosystème dans lequel ils évoluent selon des règles et une dynamique non maîtrisées par l’homme et encore moins comprises dans leur complexité. C’est alors que la plante exotique, celle qui a pu se naturaliser, peut devenir fortement perturbatrice lors de son installation dans un habitat naturel, même si avec le temps, dont seule la nature connaît l’unité, une régulation naturelle se produira.

Si les plantes de régions tempérées et méditerranéennes venues des continents américain, africain, australien voire de l’Extrême-Orient asiatique entrent dans la catégorie des plantes exotiques, il ne faut pas y inclure les plantes qui migrent à l’occasion des changements climatiques ou des perturbations physiques ou chimiques dues à l’homme. L’arrivée d’une espèce méditerranéenne sur les côtes de la Bretagne n’en fait pas une espèce exotique, mais au contraire montre le dynamisme inné de la nature et ses capacités d’adaptation aux modifications du milieu.

Bien ternes et bien pauvres seraient notre alimentation et les paysages de nos parcs et jardins sans les plantes exotiques. Mais leur nécessité et leur beauté ne doivent pas occulter l’impérieux devoir de prudence qui nous incombe afin de conserver notre patrimoine spontané et surtout sa diversité génétique, seul gage de persistance devant les modifications prévisibles de notre environnement.

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