Les disques du printemps ? Des projets nés à Royaumont
En ce printemps 2026, des projets conçus à Royaumont reprennent vie avec la sortie de nouveaux disques. De l’Inde de Naïssam Jalal aux rythmes de Keyvan Chemirani, des découvertes de Benjamin Alard à la relecture de Mahler par Jocelyn Mienniel, voici quatre visions musicales nées au cœur de l’abbaye.
Naïssam Jalal
Fruit d’une immersion suspendue dans le temps, Landscapes of Eternity n’est pas seulement un album, c’est le carnet de bord musical de Naïssam Jalal.
La flûtiste franco-syrienne tisse un lien unique entre musique, nature et spiritualité, au cœur de la tradition hindoustanie.
Depuis deux décennies, la musique hindoustanie est pour Naïssam Jalal un souffle qui ponctue son quotidien et soigne ses peines. Grâce au soutien de la Fondation Royaumont, elle a pu parcourir l’Inde à quatre reprises. Traversant le pays au rythme des trains-couchettes ou dans des bus de campagne,Naïssam Jalal a laissé les paysages infuser dans sa musique. Ce périple est devenu la matière première de cet album. Pour donner vie à ces paysages intérieurs, elle s’est entourée de Zaza Desiderio à la batterie, de Leonardo Montana au piano ainsi que de Flo au tanpura. Mais aussi de trois musiciens indiens, Samrat Pandit au vocals, Nabankur Bhattacharya au tabla et Sougata Roy Chowdhury au sarod. Ensemble, ils créent un langage où le raga rencontre le jazz, le piano apporte une harmonie, la batterie se fait murmure, et le tanpura installe un bourdon hypnotique.
Cet album, co-produit par la Fondation Royaumont, invite à un voyage immersif où l’auditeur est convié à ralentir face au tumulte du monde.
Naïssam Jalal – première écoute
Le clip de Inner landscape in Raag Kafi sur la chaîne Youtube de l’artiste.
Keyvan Cheminari
Plus qu’un album, Tales of NAR (New Ancient Rhythms) est une quête entamée il y a trente ans par Keyvan Chemirani.
À la croisée des chemins du monde persan, du jazz et de la musique contemporaine, Tales of NAR est une synthèse vibrante où le rythme devient un langage universel, capable de relier les époques et les âmes. Si l’album devait, à l’origine, être un duo avec son frère Bijan, c’est entre les murs de l’abbaye de Royaumont que le projet a véritablement trouvé sa forme définitive. Après sa rencontre avec la violoniste japonaise Yvlin, ainsi que du pianiste Benjamin Moussay, le duo se transforme en quatuor.
Dans cette fresque sonore, le zarb, percussion millénaire, subit une métamorphose fascinante. Sous les doigts de Keyvan, il quitte son rôle d’accompagnateur pour devenir un instrument orchestral, capable de dialoguer avec un piano jazz ou un violon classique. En hommage à l’abbaye, l’album débute par un morceau intitulé Royaumont. On alterne entre moments méditatifs et explosions rythmiques où l’on navigue entre des touches d’électronique. Le titre final, Jasmine Lullaby, est une douce berceuse qui clôt ce voyage de onze titres de manière très intime.
Libérée de toute temporalité, la musique de Keyvan Chemirani ne représente pas un peuple, mais une humanité en mouvement.
Keyvan Cheminari – petit aperçu
Un extrait de Jasmine Lullaby.
Benjamin Alard
Organiste et claveciniste, Benjamin Alard poursuit sa traversée de l’œuvre de Bach.
Avec le troisième volume de sa série A Life in Music, il nous ouvre les portes d’une période de liberté chez Bach. Après avoir exploré l’héritage de sa jeunesse et ses années d’ascension à Weimar, Benjamin Alard nous transporte dans les années Köthen (1717-1723). Loin des contraintes de l’église, Bach découvre une parenthèse de bonheur, portée par son amitié avec le Prince Léopold de Köthen, un lien mis en lumière par la cantate présente sur le disque.
Habitué à enregistrer dans des lieux chargés d’histoire, Benjamin Alard a tout naturellement trouvé en la Fondation Royaumont un partenaire de choix. Pour recréer la cour de Köthen, l’artiste et les musiciens des Arts Florissants ont bénéficié du cadre du lieu pour approfondir leur travail sur les sonorités historiques. Sous la direction d’Alard, aux côtés du ténor Paul Agnew, un dialogue affiné s’est créé entre voix et instruments où chaque nuance sonore est sublimée.
Benjamin Alard – Sortie le 8 mai
Vous pouvez d’ores et déjà savourer Orchestersuite No. 2, BWV 1067: III. Sarabande.
Jocelyn Mienniel, Olivier Cadiot
Ce printemps, une œuvre majeure renaît sous un jour nouveau.
Projet issu d’un dialogue entre le flûtiste Jocelyn Mienniel et l’écrivain Olivier Cadiot, cette relecture du Chant de la Terre de Gustav Mahler est une traversée suspendue entre deux mondes. En 1907, au cœur de ses plus sombres épreuves, Mahler trouve refuge dans des poèmes chinois, notamment ceux de Li Bai, qui exprimait la beauté de la nature. Son cycle Lied von der Erde traduit sa mélancolie, sa révolte et ses regrets. Sur les conseils de la Fondation Royaumont, Jocelyn Mienniel a réinventé l’oeuvre, la transformant en un objet musical où le mot et la note s’unissent pour redonner vie à l’âme de Mahler.
Jocelyn Mienniel s’entoure de musiciens qui transforment la matière sonore : flûte, violon, instruments de jazz et timbres traditionnels asiatiques se mêlent à un chœur d’enfants pour donner naissance à six pistes d’une intensité marquante. L’album explore, comme Mahler avant lui, la fragilité de l’existence. Mais, là où le maître viennois voyait une fin, le duo Mienniel et Cadiot perçoit un recommencement. Une œuvre qui ne s’écoute pas, mais qui s’habite, pour enfin entendre le coeur de la terre battre.
Le Chant de la Terre
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