Programme publié prochainement
Les sciences humaines et sociales à Royaumont : un nouveau départ
Programme placé sous la direction scientifique de Laurent Martin, professeur d’histoire à l’Université Paris III Sorbonne Nouvelle
L’idée est de proposer un projet attrayant et qui n’existe sous cette forme nulle part ailleurs, ni dans les circuits universitaires classiques, ni dans les autres centres culturels de rencontre, centré sur les savoirs qui s’intéressent à l’être humain dans son individualité comme dans son environnement social et naturel.
À l’heure où ces savoirs sont contestés dans leur existence même dans bien des pays, y compris en France, la nécessité de penser le rôle des sciences humaines et sociales dans la société, leur fonction critique, leur rapport à la demande sociale, aux besoins de l’économie ou aux injonctions du politique n’a jamais été aussi urgente. L’inscription d’un certain nombre de questions à l’agenda du débat public et le projet d’apporter sinon des réponses du moins d’autres approches plus scientifiques, nuancées, autant que possible à l’écart des passions, revêtent aujourd’hui une particulière importance : sur des thèmes comme les migrations, le religieux, le délaissement des zones rurales, la politique culturelle, la géopolitique d’un monde incertain, et bien d’autres, la parole des chercheurs et chercheuses n’est guère audible dans l’espace médiatique, et une institution telle que Royaumont pourra offrir l’espace-temps nécessaire à l’élaboration et à l’énonciation d’une pensée non formatée.
Il y a lieu, aussi, de réhabiliter la pensée prospectiviste voire utopiste, de réouvrir l’avenir cadenassé par les savoirs-pouvoirs utilitaristes, d’explorer les marges, les franges, de faire de Royaumont une sorte de tiers-lieu intellectuel où se discutent les possibles d’aujourd’hui et de demain. Repenser le rapport de l’humain au vivant, imaginer ce que pourrait être la colonisation spatiale, questionner le transhumanisme, savoir ce qu’est devenue l’utopie numérique, ce que l’IA fait à nos vies, etc., autant de questions susceptibles d’intéresser un large public.
Une troisième orientation, non incompatible avec les deux premières, consistera à réfléchir au dialogue interdisciplinaire entre, d’une part, les arts et sciences humaines et sociales, d’autre part, entre celles-ci et les sciences naturelles, à la façon dont les arts font place aux problématiques des SHS mais aussi à la façon dont les SHS utilisent – de plus en plus – la voie artistique pour renouveler les formes de leur diffusion (du théâtre au cinéma sociologiques, de la thèse en bande dessinée à la conférence performée, du dialogue entre histoire et littérature à l’art- thérapie, de la musique aux sound studies…). Royaumont renouera ainsi avec ce qui fait sa réputation dans les années 1960 et 1970, quand de grands noms de la science mondiale se rencontraient pour élaborer une science totale de l’Homme.
Dans tous les cas, il faudra faire se rencontrer et dialoguer théoriciens et praticiens, activistes et critiques en exigeant de chacun qu’il se mette à l’écoute des arguments adverses et à la portée du public le plus large. Il faut aussi, dans la mesure du possible, que les rencontres permettent à des voix non françaises et non occidentales de se faire entendre, y compris dans leur langue d’origine. L’intérêt des rencontres qui se dérouleront à Royaumont résidera avant tout dans le dialogue, l’échange entre des représentants de disciplines et d’aires culturelles variées qui, souvent, s’ignorent mutuellement.