Réfectoire des moines

 
L’élégance de cette salle (pourtant utilitaire) et la structure aérienne de son architecture rappellent la fonction liturgique du repas chez les moines cisterciens. En effet, la lectio divina édifiait autrefois, depuis la chaire du lecteur, les religieux qui mangeaient en silence. Ce sont aujourd’hui les répertoires musicaux les plus variés qui résonnent régulièrement dans ce qui est devenu la plus grande salle de concert et de réception.

A l’origine, les baies ouvertes presque jusqu’au niveau du sol diffusaient une lumière généreuse dans ce réfectoire dont les murs étaient entièrement recouverts d’enduits (quelques traces de pigments bleu pastel ont été récemment découvertes). Le réfectoire communiquait avec les cuisines par un guichet où les moines venaient chercher les plats tandis que l’eau potable jaillissait dans un « lavabo », situé dans la galerie Sud du cloître, à proximité de l’entrée. A la fin de l’Ancien Régime, devenue trop vaste pour une communauté réduite à 10 moines, cette salle était probablement désaffectée.

En 1793, lors de la transformation de l’abbaye en manufacture textile, la partie Nord du réfectoire fut cloisonnée et occupée par des ateliers de menuiserie, tournage et serrurerie et par une petite forge. A partir de la chaire du lecteur et jusqu’au mur du fond, les voûtes furent détruites, deux colonnes supprimées, les vitraux enlevés et remplacés par des persiennes à crémaillères, pour permettre l’installation d’un séchoir à étoffes.

La salle fut soigneusement restaurée à l’arrivée des religieuses qui en firent leur chapelle. Les colonnes manquantes, retrouvées sur le site, furent remises en place et les voûtes restituées. Des lambris de chêne furent posés, les sols refaits à neuf, tandis qu’une solide tribune fut construite le long du mur Nord afin de relier le bâtiment de l’ancien chauffoir et le premier étage des anciennes cuisines. Cette chapelle fut inaugurée en 1870. Deux ans plus tard, on la garnit de vitraux dont les motifs, faiblement colorés et à prédominance géométrique, évoquent l’esthétique cistercienne (à l’exception des oculi qui représentent les armes de Saint Louis et de sa mère, Blanche de Castille et les emblèmes des sept branches de la Sainte-Famille de Bordeaux).

Pendant la première guerre mondiale, la salle surnommée « Canada Ward » accueillait une centaine de lits pour le « Scottish Women’s Hospital » installé dès décembre 1914 dans l’ancienne abbaye.
En 1936, un orgue Cavaillé-Coll fut installé dans le réfectoire, entraînant la destruction de la tribune, et inauguré par François Lang le 27 juin 1936, lors du premier concert de ce qui allait devenir la « Saison Musicale de Royaumont ». Il fut entièrement restauré entre 2002 et 2007 et habillé d’un buffet en chêne, de style néo-gothique. A proximité de l’orgue se trouve le mausolée du comte Henri de Lorraine-Harcourt, réalisé au XVIIIe siècle par le sculpteur français Antoine Coysevox, et retiré de l’église de Royaumont juste avant sa destruction (il avait d’abord trouvé refuge dans l’église paroissiale d’Asnières-sur-Oise jusqu’à sa réinstallation à Royaumont en 1959).

Un grand chantier de restauration achevé en 2002 a donné un nouvel éclat à cette salle, avec notamment la pose de près de 10 000 carreaux à motifs et 30 000 carreaux unis, fabriqués selon des techniques médiévales. Enfin, c’est en 2012 que fut aménagé un escalier, sur le modèle de la tribune détruite en 1936, pour desservir la BmFL située au-dessus des cuisines des moines.

 


Le grand orgue d'Aristide Cavaillé-Coll, construit en 1864 pour Monsieur Marracci, à Cologny (CH) est un instrument emblématique de Royaumont. Il a été acquis en 1936 par François Lang pour inaugurer la première Saison musicale à Royaumont et installé par V. Gonzalez, sans son buffet et après de profondes modifications dans son fonctionnement, sa composition et son harmonie. En savoir plus

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