Histoire de l'abbaye

L’abbaye de Royaumont, d’hier à aujourd’hui

Vitrail


L’abbaye de Royaumont fut fondée en 1228 par Louis IX – futur Saint Louis – avec le soutien de sa mère Blanche de Castille. Richement dotée par le roi qui aimait à s’y retirer, elle connut au XIIIe siècle un grand rayonnement. Dès 1246, elle se dotait d’un « studium theologiae » qui fut confié à un dominicain, Vincent de Beauvais.
« Lector » à l’abbaye et précepteur des enfants royaux, Vincent de Beauvais était aussi l’auteur du « Speculum maius », fameuse somme encyclopédique des savoirs médiévaux qui fut réalisée avec l’aide des moines de Royaumont.

 

Affaiblie par la guerre de Cent Ans et les famines du Moyen Âge, l’abbaye fut encore fragilisée par sa mise en commende au XVIe siècle et l’intrusion, au cœur du monastère, de ces «abbés» souvent laïcs, plus préoccupés de plaisirs que de mortification. Ainsi, le 17 mars 1635, on donna à Royaumont un ballet de « La Merlaison », composé et dansé par le roi Louis XIII, sur le thème de la chasse aux merles !

Déclarée « bien national » en 1790, elle ne comptait plus que dix moines lors de sa mise aux enchères en 1791. Son nouveau propriétaire la transforma en filature de coton, détruisant l’église dont les matériaux furent notamment employés à la construction d’un village ouvrier. Dans les années 1830, en dépit de cette activité industrielle, le hameau de Royaumont était devenu une villégiature prisée par l’aristocratie et la grande bourgeoisie parisiennes, attirées par ses ruines romantiques, son cadre forestier et la renommée de son théâtre privé. Après plusieurs reconversions, la fabrique fit faillite et fut fermée en 1859.

L’abbaye retrouva sa vocation première et, en 1869, accueillit le noviciat des religieuses de la Sainte-Famille de Bordeaux, qui entreprirent de la restaurer dans un « pur » style néogothique. En 1905, les lois Combes les contraignirent à l’exil et Jules Goüin, président de la Société de Construction des Batignolles, acquit l’ancien monastère dont il fit une résidence de campagne. Il poursuivit la restauration des bâtiments, qui abritèrent un hôpital pendant la Première guerre mondiale.


Dans les années 30, son petit-fils Henry Goüin gérait la propriété familiale. Suivant l’exemple déjà fameux de Paul Desjardins et de ses « décades de Pontigny », séduit par les initiatives du Front populaire en faveur des travailleurs, il décida d’ouvrir les portes de Royaumont aux artistes et intellectuels nécessiteux, pour offrir le « loisir de méditer – éventuellement de créer – à ceux que trop souvent les difficultés matérielles de la vie contraignent à vivre dans des lieux dont la beauté et la poésie sont absentes […] ». Le 15 mai 1938, il inaugure avec son épouse, Isabel Goüin-Lang, le Foyer de Royaumont, lieu de travail et de repos pour artistes et intellectuels. Vingt-six ans plus tard, en 1964, le projet sera pérennisé sous la forme d’une Fondation Royaumont (Goüin-Lang) pour le progrès des Sciences de l’Homme.

Réfectoire des moines, 1936  Réfectoire des moines aujourd'hui


Ainsi, après avoir été monastère, usine textile, village et noviciat, l’abbaye deviendra au cours du XXe siècle un lieu de rencontre et d’échanges majeur, pour plusieurs générations d’intellectuels français et étrangers, dans le domaine des sciences humaines et de la musique ; avant de s’imposer comme un lieu de recherche, de formation et de production artistiques internationalement reconnu.


 

Aller plus loin

RAPPEL HISTORIQUE

1228 : pour répondre à un vœu de son père, Louis VIII, le jeune roi Louis IX fonde une nouvelle abbaye, qu’il confie à une communauté de moines cisterciens. L’édification s’achève en 1235 avec la dédicace de l’église. La grande taille de l’église et l’importance des biens concédés révèlent l’ambition du jeune roi qui en fait l’un des plus grands établissements au nord de Paris après Saint Denis.

1246 : Vincent de Beauvais, moine dominicain connu pour sa rédaction du Speculum majus, est le premier intellectuel accueilli à l’abbaye, où il occupe la fonction de lector.

Dès le début du XIVe siècle, l’abbaye commence à souffrir d’un manque de moyens pour entretenir ses biens temporels.

1549 : l’abbaye est cédée en commende, jusqu’à la Révolution, à des personnalités proches du pouvoir royal, tels Mazarin, Richelieu et la famille de Lorraine (1651–1728), qui, pour lui donner un nouveau lustre, la restaurent à grands frais. Presque tous les abbés commendataires tendent à confondre biens privés et biens monastiques, abbaye et villégiature.

1635 : Richelieu réunit tous les abbés des établissements cisterciens pour leur imposer un retour au respect strict des règles de l’ordre et leur fait signer « Les articles de Royaumont ». Dans le même temps, le roi Louis XIII fait donner à Royaumont le Ballet de la Merlaison, dont il est l’auteur et le chorégraphe.

1783 : le dernier abbé commendataire, grande personnalité mondaine, Henri-Eléonore-François Le Cornut de Ballivières, organise des fêtes fastueuses et fait édifier le palais abbatial sur le modèle des villas italiennes, inachevé lors de sa fuite en 1789.

1790-1792 : l’abbaye est déclarée bien national. Livres, archives, objets de culte et mobilier sont transférés dans des dépôts ou vendus. Les bâtiments sont achetés par le marquis de Travanet qui fait détruire l’abbatiale et transforme les bâtiments conventuels en filature.

1792-1860 : Royaumont est l’une des plus importantes industries de la région. La famille Van der Mersch, qui la possède et l’exploite de 1815 à 1855, attire en villégiature les artistes et la bourgeoisie parisienne.

1864-1905 : l’abbaye est rachetée par les Pères Oblats de Marie-Immaculée de Marseille, puis confiée en 1869 aux religieuses de la Sainte Famille de Bordeaux, qui s’attachent à redonner aux bâtiments leur usage et leur forme d’origine. Elles entreprennent, sous la conduite de l’architecte Louis Vernier, d’importantes restaurations sur les bâtiments conventuels, qui allient l’esprit néo-gothique et le respect de la simplicité cistercienne.

1905 : la loi Combes sur les congrégations oblige les religieuses de la Sainte Famille de Bordeaux à quitter l’abbaye. Elle est rachetée par un grand industriel, Jules Goüin, président de la Société de Construction des Batignolles, créée par son père Ernest Goüin en 1846. L’abbaye devient la résidence secondaire de la famille Goüin.

1915-1919 : l’abbaye accueille l’hôpital auxiliaire n°301, dirigé par une équipe de femmes médecins et infirmières écossaises, « the Scottish Women ».

1927 : l’abbaye est classée « monument historique »

1931 : Henry Goüin, petit-fils de Jules Goüin, épouse Isabel Lang. Ensemble, ils s’engagent dans un programme de restauration et d’aménagement des bâtiments - bâtiment des convers, couverture du cloître, réparation des charpentes du bâtiment des latrines, installation d’un orgue Cavaillé-Coll dans l’ancien réfectoire et suppression de la tribune, première restauration des anciennes cuisines, réfection des toitures de l’hôtellerie et du bâtiment des moines, installation du chauffage central - et font de l’abbaye un lieu où vont se retrouver artistes et intellectuels.

1936 : le 27 juin, un premier concert public est donné dans l’ancien réfectoire, qui annonce les futures saisons musicales.

1938 : le Foyer de l’Abbaye de Royaumont, lieu de travail ou de repos destiné aux artistes et aux intellectuels, est créé. Son activité est interrompue pendant la guerre. Elle reprend en 1947 sous la direction de Gilbert Gadoffre et devient le Centre culturel international de Royaumont (CCIR).

1949 : la bibliothèque de Paul Desjardins (provenant de l’abbaye de Pontigny) est acquise par Henry Goüin.

1953 : Le CCIR devient le Cercle culturel de Royaumont, qui sera dissous en 1968.

De 1953 à 1964, restauration des anciennes cuisines, du bâtiment des latrines, interventions sur la tourelle, le cloître, l’ancien réfectoire et le bâtiment des moines…

1964 : Henry et Isabel Goüin créent la Fondation Royaumont (Goüin-Lang), pour le progrès des sciences de l’homme, déclarée d’utilité publique par décret du conseil d’état du 18 janvier 1964 et y apportent en dotation leur propriété de Royaumont ainsi qu’un capital.

1971 : le Centre de Royaumont pour une Science de l’Homme est créé. Il quittera la Fondation en 1973.

1972 : Royaumont participe en tant que membre fondateur à la création de l’Association des Centres Culturels de Rencontre.

1977 : Henry Goüin décède le 25 février. Le 5 avril, la Fondation signe avec le département du Val-d’Oise une convention et élabore à partir de 1978 un nouveau projet culturel.

De 1976 à 1980, poursuite des travaux de restauration du cloître, de l’ancien réfectoire et du bâtiment des moines, réaménagement de la maison d’hôtes…

1984 : création du Centre de la Voix, d’un centre de recherches et d’interprétation des musiques médiévales, du Centre littéraire, d’un Centre d’arts plastiques et d’un programme de recherche ethnologiques.

1988 : Isabel Goüin décède le 28 octobre.

De 1983 à 1992, restauration des vestiges de l’abbatiale, du bâtiment des convers, du cloître, des anciennes cuisines, rénovation des 40 chambres et des galeries nord et ouest du cloître, rénovation du bâtiment des latrines et construction d’une nouvelle porterie…

2000 : le projet culturel est redéfini. Il diversifie les programmes musicaux, s’ouvre à la danse contemporaine, associe la poésie à des rencontres avec d’autres disciplines, lie plus fortement patrimoine et création.

2004 : création d'un jardin d'inspiration médiévale, le jardin des 9 carrés, conçu par Olivier Damée et Edith Vallet.

2007 : acquisition de la Bibliothèque musicale François-Lang

De 1992 à 2010, restauration de l’ancien réfectoire des moines, réfection du carrelage des anciennes cuisines, restauration des balustrades et des terrasses du cloître, restauration et ouverture au public de la bibliothèque musicale François-Lang, création de 6 nouvelles chambres, restauration du jardin du cloître, restauration du comble du bâtiment des convers et création d’une nouvelle salle de répétition

2010 : le projet culturel est recentré autour de la musique et du patrimoine dans le cadre de deux pôles principaux :  le Pôle des « Programmes artistiques », qui réunit le Programme Voix, le Programme des Claviers, le Programme Voix Nouvelles, le Programme Musique orales et improvisées, le Programme de recherche et composition chorégraphiques, l’Unité scénique, le Grand Atelier, la Bibliothèque François-Lang, les Archives et la Bibliothèque Henry & Isabel Goüin ; et le Pôle de « l’Action territoriale et des publics », chargé de la diffusion des activités mises en œuvre par les différents programmes artistiques.

2014 : Ouverture le 28 juin du Potager-Jardin, conçu par Astrid Verspieren et Philippe Simonnet, restauration et aménagement de l’ancien réfectoire des frères convers et signature le 3 octobre d’un contrat d’objectifs quinquennal (2014-2018) avec l’État, la région d’Ile-de-France et le département du Val-d’Oise.

2015-2016 : La Fondation Royaumont engage de très importants travaux de restauration de son abbaye, de rénovation et d’extension de son équipement résidentiel.

Partenaires publics institutionnels
Ministère de la culture et de la communication Région Ile de France Val d'Oise
Partenaires publics de projets
Communauté de Carnelle Pays de France Asnières sur Oise Luzarches
Mécènes - Piliers
Comité Henry Goüin - mécénat collectif Fondation Daniel et Nina Carasso KPMG
Mécènes - Grands partenaires
Aéroports d Paris Caisse d'épargne Ile de France Groupe Caisse des Dépôts Fondation d'entreprises GDF SUEZ Fondation d'entreprises Hermès
Fondation Orange SACEM SCAPNOR, Mouvement E. Leclerc Schindler Fondation Arthur Honegger
Mécènes - Soutiens | Associés
Partenaires d'investissement
CIC Nord Ouest Fondation Louis Bonduelle Fondation de France Champagne Construction Rénovation French American Cultural Society
Fondation Georges Truffaut Crédit Agricole Ile de France Mécénat Fondation Crédit Agricole Pays de France UPS Fondation Yves Rocher
Donateurs particuliers
Les Amis de Royaumont Le Cercle Saint-Louis
Médias
France Musique Télérama La Croix ConcertClassic.com
FNAC Ballroom La Terasse Paris Mômes Classic Agenda