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Synthèse de ses différents usages et aménagements depuis l’installation du monastère en 1228, le parc de la Fondation Royaumont s’organise autour d’un réseau de canaux et de plans d’eau dont l’origine est strictement utilitaire. Initialement, le jardin monastique s’étendait sur une superficie de 20 hectares, clos par un mur de pierres toujours en place. Les remaniements successifs du domaine intervenus depuis la Révolution ont abouti, en 1923, à la division de l’enclos en deux propriétés séparées ; l’une rattachée à l’ancien palais abbatial et l’autre à l’abbaye qui bénéficie désormais d’un parc de 6, 5 hectares. L’ensemble a été classé au titre des Monuments Historiques en 1948.

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Les aménagements hydrauliques
L’ordre cistercien prônait le retour à une stricte observance de la règle de saint Benoît et prescrivait une vie de solitude et de pauvreté. Pour répondre à cette obligation, les moines implantaient leurs monastères loin des villes, dans des endroits sauvages et reculés, voire inhospitaliers. Selon cette même règle, et en raison de cet isolement, les monastères devaient comprendre tous les équipements nécessaires pour garantir leur autosuffisance : eau potable, moulins, potagers, boulangerie et ateliers où les moines exerçaient les divers métiers requis par leur vie en autarcie.

Disposer d’eau en abondance était donc une nécessité impérative et la construction d’un monastère supposait des aménagements hydrauliques importants sur le site. Les cisterciens étaient passés maîtres dans ce domaine, déviant des rivières, aménageant des canaux pour drainer les terrains et évacuer les eaux usées, créant des retenues d’eau et creusant des étangs pour fournir le poisson dont ils étaient de grands consommateurs.

Fondée sur un domaine agricole déjà pourvu de moulins et de pêcheries, à proximité du village et du château royal d’Asnières-sur-Oise, l’abbaye de Royaumont dérogeait quelque peu à ce modèle initial. Les bâtiments furent édifiés dans une large plaine au confluent de deux rivières, la Thève et l’Ysieux, sur une terrasse dominant d’environ 5 mètres les marais environnants. Cette situation les protégeait des crues de l’Oise mais contraignit ses constructeurs à remonter loin en amont pour établir un canal, destiné à fournir à la communauté une quantité d’eau suffisante pour leurs besoins. Le cours de la rivière Thève fut ainsi détourné et canalisé à la sortie des étangs de Commelles, à plus de 9 km de Royaumont, puis renforcé par celui de l’Ysieux, son principal affluent, juste avant l’abbaye.

Ce cours d’eau alimente toujours l’abbaye. L’un de ses bras traverse le domaine d’est en ouest et avait, à l’origine, une fonction sanitaire : il nettoyait le bâtiment des latrines et récupérait les eaux usées des cuisines ainsi que les eaux pluviales. Un autre bras longe l’extérieur du mur d’enceinte et sert à réguler le débit. Une digue, longue de 500 mètres, avait aussi été aménagée pour barrer la vallée de l’Ysieux et créer une vaste retenue d’eau.

En 1792, la transformation de l’abbaye en usine textile entraîna la modification du réseau primitif. L’ancien canal des latrines fut en partie dérivé pour alimenter des bassins de rinçage, aménagés au sud de l’enclos, et un second canal fut créé. Traversant le bâtiment des moines en son milieu, ce dernier fournissait l’énergie nécessaire aux machines de la filature.

Ces cours d’eau existent encore et constituent désormais l’un des éléments décoratifs les plus remarquables du parc. Ils vont se jeter dans l’Oise à quelques kilomètres du domaine, après avoir alimenté trois étangs et deux moulins (dont l’un existe encore aujourd’hui). Ces rivières ne pouvaient pas garantir aux habitants du monastère une eau parfaitement potable. Les moines furent donc amenés à capter celle d’une source distante de 3 km, située sur la commune de Viarmes, qu’ils acheminèrent au moyen d’une canalisation constituée de tuyaux en terre cuite et en grès. Cette source, appelée Fontaine aux Moines, a alimenté l’abbaye en plusieurs points jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Cultures et plantations
En l’absence de documents sur les aménagements de l’abbaye médiévale, on ne connaît rien des cultures dans l’enclos primitif mais on sait qu’à l’origine les jardins monastiques se devaient d’être simplement utilitaires, en lien avec l’alimentation des religieux et leur pharmacopée. Jardins potagers, jardin de simples et verger en étaient donc vraisemblablement les principaux éléments constitutifs mais on peut envisager la présence d’une parcelle plantée de fleurs symboliques comme le lys, la rose, l’ancolie ou l’iris, dévolue à la prière et la méditation. (Il est cependant possible que cet usage ait été réservé au seul jardin du cloître).

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’enclos comportait deux espaces distincts – le jardin de l’abbé et celui des moines – et les quelques plans connus indiquent qu’un jardin ornemental à la française était venu compléter le potager nourricier. Qualifiés de « vastes et bien entretenus », ces jardins comportaient un bosquet et des pièces d’eau.

En 1792, l’abbaye est devenue une manufacture textile. Le domaine abrite désormais un village ouvrier dont les jardins voisinent avec celui des propriétaires, parsemé des vestiges romantiques de l’église disparue et paysagé à l’anglaise dans les années 1820. Pendant plus de 60 ans, l’enclos va donc combiner à nouveau fonctions technique et nourricière et usage d’agrément. Les canaux procuraient l’énergie aux machines de la filature, mais également des points d’eau pour la baignade, le canotage ou le patinage, selon la saison… Quant au terrain, il fournissait quantité de fruits et de légumes pour les habitants de ce petit hameau.
Après 1869 et l’installation du noviciat des sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux, la clôture se referme à nouveau autour de l’abbaye et de ses jardins qui sont débarrassés de leurs installations industrielles au profit d’aménagements cultuels et symboliques. Une grotte en rocaille est édifiée, abritant une pietà ; des autels et des statues de saintes et de saints sont érigés le long d’un parcours processionnel, sillonnant le parc dont les allées sont redessinées et les canaux bordés de marronniers ; et des bosquets de pins, sapins et tilleuls sont plantés à proximité de l’ancienne église, rompant avec la géométrie des grands aplats de pelouse…
S’il a perdu ses stations oratoires, le parc actuel a gardé la structure et le style mixte instaurés par les religieuses. Il s’est toutefois enrichi, en 2014, d’une nouvelle allée de tilleuls sur son axe nord-sud.

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